Les Utopiales sont, à mon sens, une manifestation aussi rare que nécessaire. S’il est un genre, à l’instar de l’horreur, que le profane a du mal à pénétrer, c’est bien la science-fiction. Ce n’est la faute ni du public ni des auteurs, aussi peut-être est-ce celle des médias, qui ont tendance à présenter le fan de SF comme un geek asocial, dont on ne comprend ni l’univers ni les aspirations. Alors que la SF est, par essence, LE genre dans lequel chacun devrait pouvoir trouver son compte. Et je dis ça, précisément en tant que non-fan. Dans ce domaine, je suis aussi novice que la plupart d’entre vous. Mais il suffit de lire les auteurs qui par miracle ont échappé à une classification trop rédhibitoire, pour s’en rendre compte : Pierre Bordage en est l’exemple parfait. Une fois rangés dans la catégorie « littérature générale », ces écrivains retrouvent comme par magie une accessibilité refusée à leurs collègues. Or, comme je le soulignais, qu’y a-t-il de plus universel que les questions posées par le monde contemporain, ce monde dans lequel nous vivons, tant bien que mal, tous les jours??
C’est en ce sens que les Utopiales revêtent tant d’importance. Loin de l’image figée qu’on se fait des conventions, où des gens qui se connaîtraient tous tiendraient des conversations ésotériques à propos d’un obscur épisode de Star Trek, le festival nantais se veut résolument ouvert au grand public. Depuis dix ans maintenant, il s’ingénie à inviter les plus grands noms de la SF et propose au public de les découvrir, mais aussi de discuter, autour des nombreuses tables rondes, des enjeux du monde actuel et de ceux de la littérature en particulier. Tout cela, dans une ambiance à la fois studieuse et conviviale… Et visiblement, le public se prend très bien au jeu.
Cette année n’a pas dérogé à la règle. Comme à chaque fois, le festival s’est articulé autour d’un thème, particulièrement à propos en ces temps de remise en question, de l’activité humaine et des principes qui la guident : « Des mondes meilleurs? » Je n’ai pas la place de citer ici tous les débats que cette interrogation a amenés, aussi je me contenterai d’en citer quelques uns, à titre d’exemple. Ont donc été abordés, entre autres, l’image de l’extraterrestre dans le fonds culturel actuel, le désir de perfection, les mondes possibles mis en scène au cinéma, la tentation génétique… Ajoutez à cela des tables-rondes scientifiques et d’autres sur l’actualité des genres de l’imaginaire, des séances de cinéma et un cosplay… Il y avait de quoi occuper des journées de quarante-huit heures!
Pour des informations plus exhaustives, je vous conseille de consulter le site d’Actu SF, sur lequel vous pourrez trouver des enregistrements de certaines conférences, ainsi que des interviews. Pour ma part, je m’en tiendrai aux conclusions, avant de vous laisser lire nos propres interviews, et le mémorable conte fantaisiste de mon compère Gradlon, qui a entrepris de répondre à cette question, tout à fait existentielle dans ces circonstances : comment et pourquoi entrer dans un cocktail mondain?
Parce que, bien que je m’efforce de rédiger cette introduction dans un style soigné, l’équipe des Chemins de Traverse est avant tout composée de gamins, venus discuter, des étoiles pleins les yeux, avec leurs écrivains préférés… Et aussi, entrer par effraction dans les cocktails réservés aux gens importants, mais ça, je l’ai déjà dit.
Ces Utopiales ont été, comme chaque année, riches en découvertes et rencontres passionnantes… et farfelues. Ce festival est toujours l’occasion, en plus de se cultiver, de faire des expériences étranges et variées, comme : manger du kangourou avec Hal Duncan, écouter des lectures bras-coudes-genoux (je vous renvoie au blog de Lionel Davoust, presque-inventeur du concept), discuter politique sur un balcon, complètement ivres, à cinq heures du mat’ ou tenter de draguer Stéphane Manfredo pour obtenir une bière (ça c’était l’année dernière. Comme dirait Drucker : « Stéphane, si tu passes par là… L’an prochain c’est moi qui paye! »)
Bref. Si vous n’êtes pas convaincus, ce n’est pas pour la SF que vous êtes perdus. C’est juste que vous êtes irrécupérables.
Kalys