« Korben Dallas Multipass
- Vous pouvez passer. »
Androïde de sécurité de niveau 1 filtrant le passage à la Grande Réception de l’Automne.
Un célèbre pistolero chapeauté jeta jadis ces quelques paroles célèbres, utilisables en toute circonstance : « Le monde est divisé en deux catégories : ceux qui peuvent entrer dans un cocktail littéraire mondain et ceux qui ne peuvent pas. Toi, tu ne peux pas (et tu peux toujours creuser). » Force est d’admettre qu’à moins d’être Marquis de Carabas au bras du Chat Botté, il est vain de tenter de passer d’une catégorie à une autre, tant le zèle du droïde videur met les nerfs à l’épreuve. Il serait bien plus plaisant de pouvoir faire éloge de sa bonté, de glisser un ou deux mots élégants à son oreille concernant sa beauté ; malheureusement la programmation rigide de ses circuits imprimés donne surtout l’envie de tout saboter. Les synapses électroniques de la machine sophistiquée qui se tient à l’entrée sépare une nouvelle fois en deux les chanceux que les calculs complexes effectués par une multitude d’instructions binaires ont désignés « aptes à boire du champagne ». Nous avons d’un côté les Rois, les Marquis et les Duchesses, aisément reconnaissables par leur visage connu, leur nom sur une médaille qu’ils portent au cou, et pour certains, leur accoutrement. De l’autre côté, se trouvent les gagnants à la loterie : ceux qui ont déniché leur invitation dans l’emballage d’une tablette de chocolat et qui ont pour insigne honneur le droit, pour un instant unique, de goûter aux joies de la haute société et aux petits fours. Dans les yeux de ces enfants se lit l’émerveillement face aux secrets que recèlent les plaisirs des grands de ce monde, et leurs pupilles reflètent l’éclat cristallin des flutes remplies de vin effervescent. Le temps d’une soirée, ils feront eux aussi partie de ce monde, oubliant grâce à l’ivresse leurs manières rustres de simples valets du peuple.
En soi, passer la sélection mécanique de l’automate portier relève déjà du miracle, et certains chevaliers fraichement adoubés n’y survécurent pas, tel Galaad plongeant son regard sur le Saint Graal. D’autres, adeptes de défi, ne viennent que pour passer le test, savoir s’ils sont dignes d’être reçu par les princes ; mais une fois accepté, quittent aussitôt la réception, leur bonheur ne se matérialisant que dans la confrontation avec le dragon, non dans l’accès au trésor que le monstre garde jalousement.
Les robots ne sont pas sensibles au pouvoir de la persuasion. « Ce ne sont pas les invitations que vous cherchez » n’aura malheureusement pas la réponse escomptée et rien ne fera entrer en douce les héros dans l’antique cité souterraine des rois.
« Pas d’invitation ? Pas de collation ! » déclame inlassablement de sa voix métallique C-3PO, barrant l’accès à l’immense double porte dont l’inscription gravée sur le fronton, « Parlez, ami et entrez », a été effacée par quelque héraut de mauvaise fortune. Voyez la compagnie s’écrouler, fourbue et découragée face à l’ineffable fatalité que nous oppose l’acier froid de Robocop. Tant d’efforts accomplis, de dangers écartés, dans le seul but de mener à bien sa quête et la voilà assise à l’entrée de ce havre dans lequel elle pensait se restaurer, avant de tenir conseil avec les magiciens. Bloquée à l’orée de Rivendell, étape nécessaire pour les hobbits jedi dans leur long parcours pour sauver la Terre du Milieu des ténèbres, le groupe d’aventuriers n’a plus d’autre choix qu’attendre la venue hasardeuse de quelque paladin elfe pour vaincre l’abominable assemblage d’engrenages parcourues d’informations électriques qu’est ce golem de titane. Ni princes, ni sorciers blancs, ces modestes acteurs de la lente marche littéraire estiment que ni le rang social, ni le chocolat ne devraient empêcher l’accès au conseil des sages ; ne sont-ils pas eux aussi architectes de cet immense édifice ? N’ont-ils pas eux aussi porté un roc brut sur leurs épaules afin d’en tailler les étages supérieurs ? Une sentinelle-calculatrice peut-elle, en toute bonne foi, leur refuser l’entré de cette manière ?
Il s’en fallut de peu que les hérauts accablés et amers ne fassent demi-tour, la mine abattue, abandonnant rêves d’hydromel et entêtement programmée d’un ordinateur dirigiste, pour s’en retourner dans leurs terriers respectifs. Mais, par la grâce des Valars, le Maréchal de la Marche vint les conduire en lieu de réjouissance, passant outre les avertissements et les bips sonores de R2-Goldorak-D2. Il subit toutefois remontrances, à quoi il répondit :
« Nenni ! Oncques ne vis telle offense ; par ma lame, j’occis moult malandrins pour sauver princesses ! Je gage que le droit de semondre qui me plaît m’échoit !
- 01000011 01010010 01001111 01010100 01010100 01000101 00100001 » fut la seule réponse du robot patibulaire.
Un célèbre sorcier chapeauté jeta jadis ces quelques paroles célèbres, utilisables en toute circonstance : « Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti.»
Gradlon
Comment et pourquoi rentrer dans un cocktail littéraire mondain
Androïde de sécurité de niveau 1 filtrant le passage à la Grande Réception de l’Automne.
Un célèbre pistolero chapeauté jeta jadis ces quelques paroles célèbres, utilisables en toute circonstance : « Le monde est divisé en deux catégories : ceux qui peuvent entrer dans un cocktail littéraire mondain et ceux qui ne peuvent pas. Toi, tu ne peux pas (et tu peux toujours creuser). » Force est d’admettre qu’à moins d’être Marquis de Carabas au bras du Chat Botté, il est vain de tenter de passer d’une catégorie à une autre, tant le zèle du droïde videur met les nerfs à l’épreuve. Il serait bien plus plaisant de pouvoir faire éloge de sa bonté, de glisser un ou deux mots élégants à son oreille concernant sa beauté ; malheureusement la programmation rigide de ses circuits imprimés donne surtout l’envie de tout saboter. Les synapses électroniques de la machine sophistiquée qui se tient à l’entrée sépare une nouvelle fois en deux les chanceux que les calculs complexes effectués par une multitude d’instructions binaires ont désignés « aptes à boire du champagne ». Nous avons d’un côté les Rois, les Marquis et les Duchesses, aisément reconnaissables par leur visage connu, leur nom sur une médaille qu’ils portent au cou, et pour certains, leur accoutrement. De l’autre côté, se trouvent les gagnants à la loterie : ceux qui ont déniché leur invitation dans l’emballage d’une tablette de chocolat et qui ont pour insigne honneur le droit, pour un instant unique, de goûter aux joies de la haute société et aux petits fours. Dans les yeux de ces enfants se lit l’émerveillement face aux secrets que recèlent les plaisirs des grands de ce monde, et leurs pupilles reflètent l’éclat cristallin des flutes remplies de vin effervescent. Le temps d’une soirée, ils feront eux aussi partie de ce monde, oubliant grâce à l’ivresse leurs manières rustres de simples valets du peuple.
En soi, passer la sélection mécanique de l’automate portier relève déjà du miracle, et certains chevaliers fraichement adoubés n’y survécurent pas, tel Galaad plongeant son regard sur le Saint Graal. D’autres, adeptes de défi, ne viennent que pour passer le test, savoir s’ils sont dignes d’être reçu par les princes ; mais une fois accepté, quittent aussitôt la réception, leur bonheur ne se matérialisant que dans la confrontation avec le dragon, non dans l’accès au trésor que le monstre garde jalousement.
Les robots ne sont pas sensibles au pouvoir de la persuasion. « Ce ne sont pas les invitations que vous cherchez » n’aura malheureusement pas la réponse escomptée et rien ne fera entrer en douce les héros dans l’antique cité souterraine des rois.
« Pas d’invitation ? Pas de collation ! » déclame inlassablement de sa voix métallique C-3PO, barrant l’accès à l’immense double porte dont l’inscription gravée sur le fronton, « Parlez, ami et entrez », a été effacée par quelque héraut de mauvaise fortune. Voyez la compagnie s’écrouler, fourbue et découragée face à l’ineffable fatalité que nous oppose l’acier froid de Robocop. Tant d’efforts accomplis, de dangers écartés, dans le seul but de mener à bien sa quête et la voilà assise à l’entrée de ce havre dans lequel elle pensait se restaurer, avant de tenir conseil avec les magiciens. Bloquée à l’orée de Rivendell, étape nécessaire pour les hobbits jedi dans leur long parcours pour sauver la Terre du Milieu des ténèbres, le groupe d’aventuriers n’a plus d’autre choix qu’attendre la venue hasardeuse de quelque paladin elfe pour vaincre l’abominable assemblage d’engrenages parcourues d’informations électriques qu’est ce golem de titane. Ni princes, ni sorciers blancs, ces modestes acteurs de la lente marche littéraire estiment que ni le rang social, ni le chocolat ne devraient empêcher l’accès au conseil des sages ; ne sont-ils pas eux aussi architectes de cet immense édifice ? N’ont-ils pas eux aussi porté un roc brut sur leurs épaules afin d’en tailler les étages supérieurs ? Une sentinelle-calculatrice peut-elle, en toute bonne foi, leur refuser l’entré de cette manière ?
Il s’en fallut de peu que les hérauts accablés et amers ne fassent demi-tour, la mine abattue, abandonnant rêves d’hydromel et entêtement programmée d’un ordinateur dirigiste, pour s’en retourner dans leurs terriers respectifs. Mais, par la grâce des Valars, le Maréchal de la Marche vint les conduire en lieu de réjouissance, passant outre les avertissements et les bips sonores de R2-Goldorak-D2. Il subit toutefois remontrances, à quoi il répondit :
« Nenni ! Oncques ne vis telle offense ; par ma lame, j’occis moult malandrins pour sauver princesses ! Je gage que le droit de semondre qui me plaît m’échoit !
- 01000011 01010010 01001111 01010100 01010100 01000101 00100001 » fut la seule réponse du robot patibulaire.
Un célèbre sorcier chapeauté jeta jadis ces quelques paroles célèbres, utilisables en toute circonstance : « Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti.»
Gradlon