Les ateliers d’écriture

Atelier virtuel, Kalys et Maloriel, le 21 mai 2010

Exercice 1.
Il s’agissait principalement d’écrire ce que nous évoquait des morceaux choisis par nos soins. Une contrainte cependant : ne pas utiliser de mots tels que musique, harmonie, mélodie…

http://www.youtube.com/watch?v=X8mKNFJx1zo

Un ciel clair, qui s’effrite. Tes yeux perdus dans la brume. Ma voix qui tremble. Nos vies à nos pieds, dénudées, offertes en pâture à tous les vents. Nous laissons tout derrière nous. Ce crépuscule, mon amour, a un goût d’apocalypse, ne trouves-tu pas ?
Il y a ces notes autour de nous, qui tombent dans ma poitrine comme du plomb, il y a ces accords que tu jouais, quand nous rêvions à d’autres jours, ces accords que tu ne joueras jamais plus, car ton instrument, comme le reste, est bien mort.
Pourtant, je ne cesse d’entendre ce morceau que tu faisais naître du bout des doigts, il tourne et retourne dans mon esprit, c’est si triste que je n’ai plus de larmes pour adoucir mes souvenirs. A l’époque, tes doigts parlaient d’espoirs et de désirs en souffrance, mais il y avait toujours cette infime et belle lueur qui persistait dans tes yeux ; lorsque tu jouais… Maintenant, tes doigts s’engourdissent avec le froid, reposant, inertes, exsangues, et tes yeux ne luisent que du reflet du soleil qui se couche.
Ça tournait, inlassablement, ça faisait mal à force de se redire et se redire encore, et cependant subtilement l’intensité grandissait, l’émotion chevauchait les notes et ta gorge, et ça sortait avec une violence infiniment douce. Ça nous souriait et nous embrassait, ça te faisait pleurer et moi je ne disais rien, je ne pouvais rien voir d’autre que ta silhouette délicieusement penchée, ne ressentir rien d’autre que la béance de mon amour qui avait tout emporté en toi.
Qu’en reste-t-il aujourd’hui, lorsque ce morceau fantôme continue à jouer dans ma tête, et toi, Orphée sans lyre, tu meurs déjà, en regardant s’éteindre l’incendie dont les flammes se confondent aux feux du couchant, ce braiser qui a emporté ton piano.

Maloriel

Bips électroniques. La pulsation rampe en sourdine. La basse cliquète avant que la voix s’installe, capte l’attention de l’auditeur. Elle guide l’écoute, focalise la conscience. Elle n’est pas tout à fait humaine, pas encore robotisée. Quelque part dans cet entre-deux qui caractérise les hommes et leurs créations, dans un monde où s’entrelacent rêves virtuels et effacement progressif des sens. Écoute…

Crépitent les notes comme des gouttes de pluie acide. Dans les prunelles noires un liquide bourbeux, l’amertume colore les sons et conduit le phrasé. La voix lancinante, quand la rage s’éteint dans la mélasse du désespoir. Désabusé, il fait danser les fous, à défaut de les soulever. La danse comme dernier refus, ou dernier déni.
Il y a quelque chose de triste dans cette partition enjouée. Les touches du clavier sautillent pour mieux s’écraser sur un sol crasseux.
Les membres s’allongent et les hanchent syncopent. Les pieds ponctuent les strophes, ils battent le sol comme pour mieux les y effacer. Le poings scande la mesure, refermé sur du vide.

Et puis les instruments se taisent un à un, le chanteur se détourne et il ne reste que le silence pour prendre la mesure de la solitude qui crépite encore dans l’air.

Kalys, sur Rabia Sorda

Exercice 2.
Nous avons tenté de suivre la rythmique et d’imiter les sons de la musique. Nous avons donc essayé de trouver des musiques très typées, mais le challenge s’avère presque impossible à relever.

http://www.youtube.com/watch?v=mtfNQ9eBTDU&feature=related

Frappe ! Frappe ! Frappe !
Et les autres qui applaudissent. Ça acclament, ça rue, ça rugit, ça tape des pieds.
Des tambours qui claquent et qui battent.
Je sens une vibration se propager dans l’arène. Un rumeur sourde, un sorte de silence meublé par les coups qui sonnent et martèlent mes tempes.
Du sang ! Du sang ! Du sang !
Un vent se lève et siffle, et roule, et crisse et rugit sur le sable.
Je me met débout un pousse un long hurlement de gorge, rauque et bestial. Le sang court dans mes artères, le monde entier n’est plus que des milliers de pulsations désordonnées.
Siffle, crache, la peur s’immisce, frape, abat, crève, vainc !
Tout s’accélère, se mélange, se heurte. L’adversaire est sur moi, me bourrant de coups de poings. Sa rage me submerge et force, et je sens monter la mienne comme un poing.
On dirait qu’une tempête se lève, mais je ne sais plus s’il s’agit du public ou du ciel qui se déchaîne, ça vibre, strident, ça pulse, sourdement, ça arrache des vagues de sables qui fouettent les corps dénudés. J’ai du sang dans les yeux je vois rouge, j’abats mon poing. J’halète, tout s’inverse, tout s’écrase, tout s’effondre.
Frappe ! Frappe ! Frappe !
Tout s’arrête. Pause. Presque du silence. Et la réalité crève comme une bulle remontée à la surface de mon inconscience.
Du sang ! Mon sang !
Je glisse et m’effondre. Mon coeur bat dans mes oreilles. Vrombit, gémit, lutte, est vaincu.
Une énorme acclamation soulève l’arène.
A mort ! A morrrrrrt !!!

Maloriel

Naît une lumière claire d’origine mécanique. Aube en technicolor à l’éclat mécanique. Des lueurs claquent et les paupières crépitent. Une apocalypse maintes fois dite qui se renouvelle dans l’air assombri. Encore.
La pluie tombe et cliquète. Métallique, sur des terrasses en aluminium où rebondissent les derniers rayons de soleil.

Kalys, sur Savior, VNV Nation

Exercice 3.
Pour le dernière exercice, nous avons essayé d’évoquer le morceau de la façon la moins narrative, la plus abstraite possible.

Fugacement, l’infini.
Sous la pesanteur des instruments résonne une chose ancienne et primitive, comme un dieu enchaîné qui dort au fond des ténèbres invoquées par ce rite instrumental.
Ramper à travers les strates de sons qui se déploient en tournoyant et en se resserrant. Ramper pour trouver son chemin dans le déluge des tonalités et ces sirènes qui hululent au fond du blizzard…
Je crois que j’ai un peu peur, car quelque chose tapi là frémit et s’agite…
Je laisse les roulements de batterie me conquérir, les guitares me glacer les os, les vagues électroniques rouler dans mon cerveau. Rêverie hallucinée… Je ne vois rien, rien de vrai, rien de juste, à peine un rêve… Des impressions qui palpitent ensemble, charriées par un son brutal, incisif, déterminé, mais déterminé à quoi ? Le rituel sonne dans l’obscurité qu’il a répandu en moi, il invoque et tressaillit. Je m’étends pour mieux accueillir cette brûlure glacée, jouant le long de mes nerfs, se lovant dans mes entrailles… Un frisson électrique me parcourt les doigts. Mon sang me paraît lourd dans mes veines. La pesanteur semble vouloir me mettre en terre. Alors que de l’autre côté de moi-même, une poussée vertigineuse me propulse en plein vide intérieur…
Le sortilège agit et guide, ruptures après ruptures mon esprit s’effondre sur lui-même à la manière d’un trou noir, mon existence se disperse et, volatile, pénètre dans les ténèbres…

Maloriel

Il vaudrait mieux se taire. Les mots qu’on trace sur le papier ne font pas plus de bruit qu’un murmure. A peine un froissement, une présence tranquille. Mais c’est déjà trop. Pour les écrire il faut les entendre s’épanouir dans sa tête, sentir leur forme sous ses doigts. Et c’est déjà trop, parce que la musique appelle le silence.
C’est une conjuration. Le silence vient se lover dans le frisson imperceptible qui sépare deux notes. Tandis que les échos des souvenirs s’allument dans la pénombre, les émotions viennent mordre la chair.
Invocation inarticulée, sortilège dénué de formule pour défaire les pans du monde. Susciter les fantômes de jours perdus, des jours qui sont tombés en poussière, il y a si longtemps. La musique croît en dehors du temps. L’écouter, c’est, juste un instant, flotter au nœud où s’entrelacent passé, présent, et futur. Les ancêtres prêtent leur voix à ceux qui viendront. Ceux qui chantent ne nous regardent pas. Ce qu’ils voient, je ne sais, mais cela irradie de leurs poitrines.
Il vaudrait mieux se taire, parce que les mots ne pourront que trahir ce qui, en aucun cas, n’a jamais pu être dit.

Kalys

A venir : Atelier virtuel, Gradlon, Maloriel, Kalys, le 6 juillet 2010