Stephen King, Anatomie de l’Horreur

S’il est un écrivain d’horreur qui a réussi à se hisser au sommet, c’est bien Stephen King. On pourrait mentionner ses tirages, mais je voulais surtout faire référence à son talent. Tout cela est bien subjectif, me direz-vous, et c’est vrai, mais je ne manque pas d’arguments. En premier lieu, Stephen King est l’un des rares écrivains à avoir promu l’horreur au rang de l’art. Là où beaucoup se contentent de petites histoires à dévorer sous la couette (ce qui est tout à fait louable), lui s’est servi de l’épouvante comme point de pression, pour fissurer les apparences. Dans ses livres, le but n’est pas seulement de nous faire peur. Ca l’est en grande partie, sinon, bah, ça ne serait pas de l’horreur. Mais c’est vraiment le prétexte à explorer la psyché humaine, tant au niveau individuel que sociétal. En résumé, c’est un peu : « Dis-moi de quoi tu as peur, je te dirais qui tu es ». Et si King peut se permettre un diagnostic, c’est parce qu’il possède réellement la culture et la curiosité intellectuelle nécessaires. Tous les sujets sont passés au crible de sa réflexion, des peurs populaires aux angoisses de l’enfance, en passant par toutes ces choses qui peuvent effrayer un individu, toutes ces peurs larvées en nous, que ce soit celle de la mort, celle de la création, celle de l’homme qui vous suit dans la rue… De la plus absurde à la plus existentielle, il les a toutes mises en lumière, et avec elle, les mécanismes complexes qui nous construisent.
Ainsi, Stephen King transcende largement la simple écriture du suspense, pour nous amener à penser en termes de psychologie ou de sociologie. Bref, il fait ce que tous les universitaires attendent d’un grand écrivain : à travers un exemple particulier, il traite un sujet beaucoup plus large, il étudie l’Homme et non pas un homme. Il réfléchit, il analyse, à défaut de proposer des solutions à des problèmes qui n’en ont pas, il les éclaire par le biais de la fiction. Et tout cela, sans jamais se départir d’une langue claire et d’un sens exacerbé de la narration, car il n’est nul besoin de formuler des phrases alambiquées pour traiter sérieusement d’un sujet. Stephen King parle de vous et moi, et nous ne nous exprimons pas comme Lacan et consorts, si vous voyez ce que je veux dire.

Dans Anatomie de l’Horreur, Stephen King analyse une fois pour toutes les mécanismes de l’horreur et les raisons pour lesquelles on peut succomber au plaisir de se faire peur. Il ne s’agit pas là de dévoiler des procédés d’écrivain, mais bien de chercher à comprendre ses réactions en tant que spectateur de l’horreur. Pourquoi le fan d’horreur aime-t-il invoquer le croque-mitaine et comment le croque-mitaine parvient-il encore à nous effrayer? Afin de répondre à ces questions, King tente de mettre en évidence les éléments-clés de la narration terrifique : ses symboles, sa progression, les circonstances dans lesquelles elle se déploie. Dans ce premier volume, il se consacre plus particulièrement au cinéma et à la radio, pour une période allant des années 50 à 70, environ.

Le premier chapitre, par l’intermédiaire d’une anecdote personnelle, permet d’aborder les enjeux de cette réflexion. En nous racontant l’effroi suscité aux Etats-Unis, le 4 octobre 1957, par le lancement du satellite russe Spoutnik, Stephen King montre avec humour comment cet événement éminement politique va être transféré symboliquement, par les spectateurs, dans les films de science-fiction. Une manière d’exorcisme peut-être, mais plus simplement un mécanisme inconscient, qui nous fait voir dans un film quelque chose qui n’y était peut-être pas. Et c’est ainsi qu’un banal (et très mauvais) film de soucoupes volantes devient le symbole de la guerre contre les Rouges. Ce que nous dit King, en premier lieu, c’est que les films reflètent l’état d’esprit du monde. Que ce soit voulu ou pas, ils contiennent et catalysent l’inconscient collectif.
Les deux chapitres suivants s’attachent à mettre en relief le contenu basique de toute histoire d’horreur, ses éléments récurrents, qui nous apprennent quelque chose de l’humain par leur récurrence-même. Tandis que « Contes du crochet » rappelle notre attachement profond pour les historiettes du genre « Un jeune couple qui baisouille dans une voiture apprend par la radio qu’un fou dangereux avec un crochet en guise de main s’est échappé d’un asile… », « Contes du Tarot » décrit les trois figures emblématiques de l’histoire d’horreur : la Chose innommable, le Vampire, le Loup-Garou. Elles peuvent s’incarner de maintes manières, mais quelle que soit leur forme, elles sont toujours présentes. Chacune incarne une angoisse, un tabou, chacune, à sa manière, nous parle de nous. La transformation du corps, la laideur, le sexe, la mort, la violence, le fait de trouver sa place dans la société… Autant de thèmes dont ces trois-là peuvent nous parler, et dont ils subissent les conséquences à notre place. A ce propos, King remarque qu’en réalité, les films d’horreur sont moralistes, voire réactionnaires. Ils permettent de juger de ce qui arriverait si l’un de nos tabous était brisé. Ils permettent d’expérimenter la violation de ces tabous, sans avoir à le regretter. Très logiquement, ce sont des soupapes.
Une fois ces éléments mis en lumière – et l’on peut d’ores et déjà constater leur universalité, et commencer ainsi à justifier l’intérêt de l’horreur -, King nous propose « Un irritant intermède biographique » qui, loin d’être irritant, contient d’ailleurs l’un des plus beaux passages du livre, une ode à l’imagination loin de toute rhétorique.

Les premiers chapitres introduisaient le sujet en présentant ses enjeux. Dans les chapitres suivants, King explore les mécanismes narratifs qui font une bonne histoire d’horreur. C’est ainsi qu’il en vient à aborder les shows radiophoniques, et leur effroyable efficacité. Souvenez-vous, quand Orson Wells a réussi à provoquer un mouvement de panique en lisant La Guerre des Mondes… Imaginez-vous, dans le noir, écoutant une porte grincer dans votre poste de radio, et vous demandant avec angoisse ce qu’il peut bien y avoir derrière… Stephen King remarque que c’est notre imagination qui materne les pires monstres. Finalement, on n’a jamais aussi peur que lorsqu’on imagine la créature ; une fois qu’on l’a vue, on est presque soulagé, car on s’attendait à pire.
Après cela, King étudie plus particulièrement le cinéma d’horreur américain, dans son fonds et sa forme, dressant un panorama des peurs contemporaines et de la façon dont elles sont exploitées. On y lit quantité d’exemples invraisemblables, souvent drôles, mais touchants à leur manière. Si ridicule qu’elle paraisse, une peur a toujours une raison d’être, et même un très mauvais film peut toucher un point sensible. A mon sens, le plus grand intérêt de ce chapitre est de présenter une filmographie solide, dans laquelle on ira piocher en fonction de ses envies.

Le dernier chapitre s’intitule « Du film d’horreur considéré comme malbouffe » et clot le volume avec l’humour caractéristique de son auteur. Mais c’est aussi, encore une fois, un hommage à l’imagination. King a remarqué, comme nous, le nombre incroyable de navets produits par le cinéma d’horreur. Il sait que pour bon nombre de personnes, passer ses soirées devant des films aussi minables relève de la stupidité, ou au moins, d’une fralgrante absence de goût. Mais le fan d’horreur est, dit-il, comme le chercheur d’or. Pas le grand entrepreneur qui cherche d’emblée l’efficacité et la rentabilité, mais le passionné, à la recherche d’une pépite. Il lui faudra des années de tamisage pour trouver. Mais, au milieu d’une flaque de boue, pourrait bien apparaître LA perle. C’est pourquoi le fan passe le plus clair de son temps à s’enfiler des navets, un paquet de pop-corn à la main, armé d’un humour indéniable qui lui évite d’être blasé. Parce que, une fois de temps en temps, il lâche son en-cas et en prend plein la gueule. Des moments comme ceux-là valent la recherche, non?

Il est rare de dévorer un essai critique comme on tourne frénétiquement les pages d’un roman à suspens. Et pourtant, Stephen King réussit le pari de fournir une analyse passionnante et passionnée, loin de tout snobisme, mais sans jamais tomber non plus dans le manuel à l’usage des fans. Le recul et l’humour dont il sait faire preuve rendent le livre accessible à tout un chacun, et lui donneront même, je n’en doute pas, l’envie de regarder un bon film d’horreur.

Kalys

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The Midnight Meat Train

Vous avez peut-être entendu parler de ce film qui a eu une histoire tumultueuse. Adapté d’une nouvelle de Clive Barker parue dans ses Livres de Sang, le film a d’abord été interdit de sortie cinéma. Étonnamment, il semblerait qu’on ait jugé que son contenu était trop violent. Après la sortie d’Hostel et de Saw, je trouve qu’il y a de quoi surprendre. L’impact des images sanglantes de Saw est augmenté par la perversité du scénario et l’horreur psychologique qu’endurent les personnages. Quant à Hostel, pour moi ce n’est rien d’autre qu’une épouvantable boucherie sans queue ni tête.

Revenons-en à notre film. Sorti finalement aux Etats-Unis sur une centaine d’écran, puis en France, il a été également présenté au festival Gérardmer. Réalisé par le Japonais Ryuhei Kimatura (Versus, L’ultime guerrier), le scénario et le production sont évidemment de Clive Barker. L’histoire est celle d’un photographe qui, au cours de ses pérégrinations nocturnes, découvre l’identité du responsable d’une série de disparitions : un boucher, qui prend le dernier train tous les soirs.

Tout d’abord, j’ai admiré le visuel du film, que j’ai trouvé tout à fait en adéquation avec l’univers de Clive Barker. Beaucoup de noir, de bleu et de rouge, des images cadrées avec art, un peu comme les photos du personnage principal. C’est le genre de film où l’on hésite entre le rire et un dégoût horrifié, car certaines images sont carrément grotesques, et pourtant leur réalisme fait frissonner. L’histoire nous emmène dans les ténèbres urbaines d’un New-York anonyme, de quoi avoir un brin d’appréhension avant de prendre le métro, la nuit.

Je n’ai jamais beaucoup apprécié les nouvelles des Livres de sang, qui, peut-être à cause de leur brièveté, me paraissaient freiner et limiter l’imagination pourtant fertile de Clive Barker. Aussi, la fin du film qui donne la raison d’être de cette boucherie m’a semblée un peu creuse. Cependant, j’ai lu ensuite que Clive Barker tenait beaucoup à cette histoire, et qu’il envisageait de lui donner une suite, en creusant la mythologie à laquelle il fait seulement allusion à la fin de la nouvelle. On peut donc espérer voir se développer tout un univers, et là, je ne crains pas les mauvaises surprises. En fait, on a un film long pour une nouvelle, ce qui par conséquent amène à se faire une remarque du type « tout ça pour ça ? » quand on arrive à la fin du film.

Cependant, la fin n’est pas dramatique non plus (il y a largement pire) et ne gâche pas la totalité de l’œuvre, qui reste somme toute un bon film, non seulement très gore mais original, et comportant cette touche de malsain, de macabre, mêlé de poésie (le film me fait penser à une légende urbaine, un conte horrible, mais le genre qui tient en haleine et fiche la frousse).

Malgré une certaine réserve, donc, je recommande ce film qui semble avoir convaincu, et ce n’est que justice, un public plus large que le cercle étroit des amateurs de tripes.

Pour un dossier complet sur le film, des photos, la bande-annonce, rendez-vous sur ce site : http://www.dvdrama.com/film-28177-midnight-meat-train.php

The Children.

Je crois que c’est la première fois que je vois un film d’horreur britannique. Je n’avais jamais entendu parler du réalisateur et scénariste, Tom Shankland. Mais à force d’écumer la toile pour trouver de nouveaux films d’horreur à me mettre sous la dent, j’ai trouvé ce petit bijou.

Perplexe en lisant le scénario – la majorité des résumés de films d’horreur font cet effet : soit ça sera très bien, soit ça sera affreusement nul – je me suis décidée à regarder le teaser, qui laissait présager du lourd. Les images étaient fixes, inquiétantes, parfois sanglantes. Et à la fin apparaît cette phrase : « Vous aimez les enfants ? ». Là, j’étais conquise.

Le film est extrêmement malsain (je suppose que vous vous doutez que ça m’a plu !). Une famille se réunit pour Noël dans une maison de campagne, avec tous leurs enfants, tous entre sept et dix ans, à l’exception de Casey, adolescente. Le décor hivernal est inquiétant grâce à l’œil du réalisateur, et non parce qu’il a été conçu pour paraître exagérément sinistre. Le réalisateur marque déjà un point. En réalité, tout le film se déroule de cette manière, laissant à la subtilité du jeu des enfants acteurs (qu’on devrait tous envoyer chez le psy !) et au talent de mise en scène du réalisateur le soin de mettre en place une atmosphère pesante. Rares sont les films qui parviennent à me donner littéralement la chair de poule. Celui-ci a réussi. Sachez seulement que les enfants changent petit à petit de comportement. Et deviennent…dangereux. Rien de racoleur dans cette histoire, pas de gore pour le gore, seulement un malaise croissant, diablement maîtrisé par ce sadique de Tom Shankland.

Dernier point positif mais non le moindre : se démarquant par rapport à la tradition américaine qui veut de l’effroi et rate complètement le coche en dénuant les personnages et l’intrigue d’une quelconque complexité, Shankland a fait un film d’horreur où l’on ressent aussi du désespoir, de la colère, de la haine. Et c’est pour cette raison qu’on croit à ce film.

Parents s’abstenir…

Maloriel

Halloween

J’en avais déjà vu un épisode dans ma jeunesse, dont je ne me rappelle rien si ce n’est que Myers avait l’extraordinaire capacité de rattraper en marchant tranquillement des jeunes filles qui couraient de toutes leurs forces, et qu’il portait un masque blanc. Je n’aurais jamais regardé un nouvel opus si cela n’avait pas été Rob Zombie qui l’avait réalisé (l’article de Wiki n’est pas fameux, mais il permet de se faire une vague idée du personnage – moi-même je le connais très peu, si ce n’est pour son premier album). Je l’ai regardé en vo et donc, certains dialogues m’ont échappé, mais il s’agissait principalement de ceux des jeunes étudiantes délurées, donc je ne crois pas avoir manqué grand-chose (tu vois Yav’ que je comprends l’anglais :p) Le film retrace les débuts du tueur et sincèrement, c’est plutôt réussi. Le jeune Michael a onze, douze ans, et grandit entre un père fainéant et alcoolique, une grande sœur en pleine adolescence, une petite sœur encore bébé, et une mère strip-teaseuse qui essaie de garder tout ça collé ensemble – mais l’édifice, fragile, se fissure de partout. Michael a aussi des problèmes à l’école : il est sujet à des éclats de violence, bien compréhensibles dans la mesure où ses petits camarades ont l’habitude de le provoquer et de se moquer de lui à longueur de journée. Tout ça semble bien banal, et ça l’est. C’est là à mon avis une grande qualité du film : Rob Zombie montre bien que c’est là un environnement propice à déraper, mais pas plus que cela non plus, c’est la situation dans laquelle vivent des tas de gens, et ils n’en deviennent pas des psychopathes pour autant. Ni excuse ni explication, ce background nous permet seulement d’identifier les germes de la personnalité de Myers. Sans être inutilement sordide, il dépeint bien la médiocrité et la méchanceté ambiante. Une fois de trop, Michael est tourmenté par un petit con, le genre qui s’amuse de sa supériorité sur plus faibles que lui, et qui se croit très malin. Affublé d’un masque de clown dont il aime à se revêtir, Michael attend le connard caché derrière un arbre du parc, et le tabasse à mort. La scène, filmée sans surenchère mais néanmoins extrêmement violente, met mal à l’aise. Jusque-là, on pouvait se dire « il a raison, j’aurais aimé faire la même chose ». Mais voir le sang gicler d’un crâne fracassé, c’est déjà quelques niveaux au-dessus. A ce moment-là, on comprend que quelque chose ne tourne pas rond chez Michael. La froideur avec laquelle il exécute son tortionnaire, avec les moyens du bord, n’est pas normale. S’il avait pleuré ou hurlé, peut-être aurait-on pu compatir. Le soir, alors que sa mère est repartie travailler, et que sa sœur a refusé de l’emmener arpenter les rues en quête de bonbons, Michael remet son masque et descend tranquillement égorger son père, après s’être ennuyé ferme pendant une heure. Puis il tue le petit ami de sa frangine avec une batte de base-ball, avant d’éventrer cette dernière. Quand sa mère rentre du boulot, elle le trouve assis sur les marches de la maison, le bébé dans les bras. « It’s over, Mummy » lui annonce-t-il calmement. La suite des événements prend place à l’hôpital psychiatrique. Interrogé par un docteur qui semble curieusement l’avoir pris en affection, Michael témoignera de son amour des masques, qui, dit-il, lui permettent de cacher sa laideur, mais aussi, paradoxalement, d’être, enfin, vu. Il a l’air d’un gosse normal, quoi qu’un peu perturbé. La suite, quinze ans plus tard, est plus classique. Par un concours de circonstances assez répugnant, Michael parvient à s’échapper. Il revient en ville et tue plein de gens. Il est immense, très large d’épaules, et porte un masque très convainquant qui ne parvient pas à cacher la vacuité de son esprit. Ce n’est plus qu’un animal. Bien que cette partie du film soit moins enthousiasmante – voire carrément ennuyante par moments, on peut lui reconnaitre quelques qualités esthétiques. Toujours filmée sans surenchère gore, elle bénéficie d’une partition qui m’a rappelé la bande originale de Suspiria, c’est-à-dire stridente et un peu surannée. J’ai trouvé la référence très à propos. Donc vraiment, le film n’est pas un navet. Ce n’est pas un chef d’œuvre non plus, mais il y a un je-ne-sais-quoi dans le traitement du personnage, qui échappe au cliché et à la caricature, ce qui est à la fois déconcertant (dans ce type de films, c’est plus que rare) et fascinant. Notamment, l’insertion régulière d’images issues de vieux films en noir et blanc type Frankenstein. Je suis persuadée que le parallèle avec la créature du bon docteur F est voulu. Comme elle, Myers est le produit d’un créateur, disons ici la société, mais un produit raté, une expérience qui a mal tourné. Personne n’en est tout à fait responsable, pas même Myers, mais personne n’en est tout à fait innocent non plus.

J’ai été, je m’en rends compte maintenant, plutôt impressionnée. Le regard torve de Michael enfant, la subtilité avec laquelle il acquiert progressivement un caractère qu’on qualifierait un peu vite d’inhumain, m’ont hantée une partie de la nuit et me laissent toujours un goût amer.

The Descent

The Descent est une longue, longue descente aux enfers. Celle de six femmes parties en expédition spéléologique, et qui vont se retrouver coincées. Comme si la situation n’était pas déjà assez éprouvante, elles vont s’apercevoir qu’elles ne sont pas seules dans les galeries. Tous les ingrédients sont réunis pour me faire passer un très mauvais moment : dès les premières minutes, une angoisse diffuse m’envahissait. M’imaginer cent mètres sous terre en train de ramper dans un passage si étroit que même quelqu’un de ma corpulence a du mal à s’y mouvoir me donne déjà des sueurs froides. Ajoutons-y l’éclairage lacunaire des lampes frontales, et je suis au bord de la crise de nerf. Par-dessus le marché, les créatures qui hantent les couloirs sont anthropomorphes. Comme un vampire m’effraierait beaucoup moins qu’un humain dégénéré, bouffant les entrailles de ses victimes encore vivantes, j’ai passé un certain temps les yeux fermés et la main sur les lèvres. Mais finalement, ce n’est pas tant l’intrigue qui m’a bouleversée, que les personnages, justement. On dit souvent que c’est dans les situations extrêmes que les caractères se révèlent, et j’ai trouvé que c’était particulièrement réussi dans ce film. Rebecca est prête à abandonner ses amies pour survivre, June s’avère une guerrière déterminée, et Sarah… Quelque chose se brise en elle à un moment et… elle s’avère la plus primitive, la plus bestiale d’entre elles. Peut-être parce qu’elle était déjà sacrément fissurée avant ça. La descente, c’est la sienne. Et c’est peut-être ça qui était le plus terrifiant. Cette femme couverte de sang, capable de tuer de sang-froid une de ses amies, juste… par vengeance. Alors que la situation est telle qu’on se demande comment elle pourrait y penser. Sous terre, il y a des animaux carnivores, des femmes qui luttent pour leur survie, et Sarah. Je n’aime pas les films gore. D’une manière générale, la violence gratuite me met au pire mal à l’aise. Au mieux, je m’ennuie, ou alors je doute de la santé mentale du réalisateur. Mais quand le film parvient à tirer les conclusions, à faire de l’intrigue un prétexte à l’exploration de l’esprit, c’est tout autre chose. Un film comme The Descent met en scène des êtres humains. Il explore leurs cauchemars, leurs secrets, leurs qualités aussi. C’est ce qui le rend si perturbant. Pousser les gens et les situations à leur extrême limite, et voir ce qui se passe.

Kalys

Chroniques épouvantables

Vous trouverez ici quelques chroniques, du catalogue de Pocket Terreur principalement, mais nous ne pouvions pas ne pas confier une page entière à Gradlon, qui a consacré un article complet, et très intéressant -évidemment, à Junji Ito. Dépêchez-vous de le lire! : Junji Ito

Vous pouvez également vous pencher sur la chronique d’un incontournable : Anatomie de l’Horreur, par Stephen King.

La Nuit des cafards
Dean Koontz
Traduction de :
Titre Original: Wishpers
Pocket, coll. Terreur, 1980

C’est le roman qui a fait connaître Dean Koontz, en 1980. C’est un polar à tendance horrifique et fantastique, bien mené, haletant, et ne manquant pas de rebondissements.
Une jeune scénariste est agressée par un détraqué, qu’elle avait rencontré une semaine auparavant lors de recherches documentaires dans les vignobles. Elle parvient à le tuer. Mais voilà, une semaine après, il revient. Aucun doute, il s’agit bien de l’homme qu’elle a assassiné. Non seulement il est censé être mort, mais en plus il prétend que son nom n’est pas Hilary, mais Katherine, et qu’elle ne cesse de revenir d’entre les morts pour le tourmenter. Avec l’aide de son amant, policier de son état, Hilary cherche à découvrir la vérité : qui est cet homme, et que lui veut-il ? Ensemble, ils découvrent un mystère bien plus profond que ce qu’ils soupçonnaient au départ.
Ce qui est intéressant, c’est que l’intrigue ne comporte aucune incohérence, ambiguïté, exagération. On a un polar rythmé et puissant, où l’investigation révèle des parts d’ombre de plus en plus importantes, avant que tout ne s’éclaire, d’une manière inattendue et intelligente.

Comme dans un autre roman de Koontz que j’avais lu précédemment (Les Yeux foudroyés), l’amour est à l’honneur, et on apprécie le fait qu’on ait pas de l’épouvante pure, mais des êtres humains à qui il arrive des choses épouvantables, et la sensibilité de l’auteur rend leurs destins particulièrement poignants. Par contre, c’est parfois un tout petit peu mièvre. L’histoire d’amour est moins magique que dans Les Yeux foudroyés, où elle était toute entière racontée du point de vue d’un jeune homme tombé passionnément amoureux d’une femme qui fait partie intégrante du mystère de l’histoire. Là, c’est plus banal, et parfois presque agaçant (leurs ébats extatiques, par exemple). De plus, les relations entre les personnages sont parfois représentées de manière un peu naïve, presque Walt Disney, tout le monde est attachant et tout est bien qui finit bien – ou presque, puisque les événements de l’intrigue sont plutôt tragiques. Le vieux misanthrope se transforme vite en protecteur du jeune couple amoureux, si vous voyez ce que je veux dire.
Ceci mis à part, on a un bon roman, captivant et bien construit, et surtout qui ne réserve pas de déception finale. Chaque élément finit par être éclairé, le tout forme un puzzle qui se met en place pièce par pièce, et le tout tient la route.
Dean Koontz a écrit une tonne de romans, et parmi ceux-là, lisez celui-ci, vous ne vous ennuierez pas. Vous n’aurez peut-être pas de révélation métaphysique, ou le grand frisson, mais vous passerez un bon moment.
Enfin, si vous aimez cet auteur, je vous recommande cette page wikipedia bien documentée :

http://en.wikipedia.org/wiki/Dean_Koontz


L’Exorciste (La suite), aussi titré, à l’intérieur du livre, Exorciste 3
William P. Blatty
Traduction de Agnes Gattegno
Titre original : Legion
1983

Un jeune livreur de journaux est découvert mort près d’un entrepôt. Le lieutenant Kinderman observe les mutilations : le garçon, crucifié, porte la marque du Gémeau dans la paume, et il lui manque un index. Autant d’éléments qui indiquent la parenté du crime avec ceux commis par le Gémeau douze ans auparavant. Sauf que le Gémeau est mort. Cela n’a aucun sens. Kinderman enquête, et pas seulement sur les meurtres qui se succèdent. Toutes les horreurs dont il est témoin le plongent dans un abîme de réflexions décousues, dont le fil conducteur est la nature du mal. L’évolution de sa pensée et les doutes qui l’assaillent appartiennent autant à l’histoire, sinon plus, que la résurrection du Gémeau et son chemin sanglant.

Du coup, il s’agit moins ici d’un roman à suspense, d’un thriller horrifique façon Masterton, que d’une rêverie sur le mal et ses manifestations. L’intrigue peut sembler lente à démarrer, car Blatty prend tout son temps pour présenter ses personnages et il se passe, au début, assez peu de choses. Les digressions du lieutenant fatiguent parfois, car il ornemente ses commentaires de tant d’exemples nébuleux qu’il parvient à nous faire perdre le fil en plusieurs occasions. Néanmoins, la deuxième partie, qui commence un peu après la moitié du livre, se révèle plus claire, plus concise aussi, et les événements s’y précipitent ; un peu comme dans le film L’Exorciste, nous faisant presque regretter ce début tout en clair-obscur, qui posait l’ambiance sans tomber dans une horreur trop figurative.

Legion, puisque le titre original semble une fois encore bien plus indiqué, possède d’indéniables qualités stylistiques. Blatty et sa traductrice manient une langue élégante qui sait se teinter de poésie. De plus, l’intrigue est rendue haletante par une foule de petits détails, rappels de L’Exorciste (tant de ses personnages que de son ambiance) et de son atmosphère lourde, déréglée. Par ailleurs, la conclusion des réflexions de Kinderman, qui coïncide avec la résolution de l’histoire, révèle, je ne sais pas, une foi, en l’homme, en dieu peut-être, que je trouve à la fois belle et, en un sens, extrêmement poétique.

Cauchemars des sables, Titre original : The Elementals

Michael Mc Dowell, traduit de l’américain par Jacques Guiod

Pocket, coll. Terreur, 1991.

Encore une nouvelle acquisition de la défunte collection, découvert chez le bouquiniste de mon quartier. Cette fois Stephen King et Dean Koontz n’ont pas été soudoyés pour écrire un commentaire positif au dos du bouquin (une fois, je me suis fiée à ça, et en fait le bouquin était complètement nul.). Je ne savais pas à quoi m’attendre, car avec les romans d’horreur, c’est toujours pareil : sur la base du résumé, on sent que ça peut-être très bien, ou très décevant.

Après m’être interrogée sur les personnages au comportement assez bizarre et peu expliqué (c’est une histoire de famille, et les relations entre les personnages ne sont pas très claires, on ne sait pas trop ce qu’ils ressentent les uns envers les autres) ; j’ai été très vite embarquée par l’ambiance énigmatique du lieu dans lequel se déroule la majeure partie de l’histoire. Imaginez une langue de sable reliée au continent par une bande de terre entièrement immergée par marée haute. Et sur cette langue de sable, trois maisons identiques, de style victorien. L’une regarde vers le golfe, la seconde vers une lagune verte, la troisième vers la terre. Les deux premières sont habitées par la famille. La dernière, la troisième maison, est abandonnée depuis des décennies, et personne n’y entre jamais.

Il ne s’agit pas d’une simple histoire de hantise, ni de secret de famille. Disons que l’intrigue en comporte seulement des éléments, sans pour autant centrer l’histoire sur ces ressorts banals de l’épouvante. C’est l’attitude réservée des personnages, qui avouent avoir vu des choses en soutenant pourtant ne pas y croire, et leur refus obstiné de pénétrer dans la troisième maison tout en niant savoir quoique ce soit, qui persuade le lecteur qu’il y a vraiment quelque chose d’intéressant à y découvrir.

Et l’histoire ne tombe pas à plat comme c’est souvent le cas, elle tient le cap jusqu’à la dernière ligne, en gardant des zones d’ombre qui évitent de tout rationaliser, et donne un certain charme à cet étrange récit.

Les bémols sont pour moi quelques erreurs de traduction, mais pas aussi importantes que d’habitude : une déroutante hésitation entre le vouvoiement et le tutoiement au sein d’un même dialogue ! Mais, vous me direz, ce n’est qu’un détail. En effet, cependant le fait qu’on le remarque est toujours une gêne pour la lecture.
Deuxièmement : le point faible du livre, ce sont les personnages, comme je l’ai signalé plus haut. Le manque d’information qu’on a sur eux, la complicité entre certains d’entre eux dont on est exclus faute de la comprendre, empêchent de s’identifier à eux. Dommage, car ils sont potentiellement très intéressants : originaux, possédant une personnalité singulière, et l’un des personnages, alcoolique, me semble particulièrement pertinent, très loin de la caricature. Disons que, contrairement à ce qui se passe souvent dans les bouquins d’épouvante qui se concentrent sur l’intrigue et non sur les personnages, ces derniers ne sont pas prévisibles, on ne sait jamais comment il vont réagir et ce qu’ils vont décider, ce qui évidemment ajoute à la crédibilité et au suspense de l’intrigue. Sans être donc réellement rébarbative, l’impossibilité de s’identifier aux personnages fait perdre un peu de saveur à l’histoire : on aurait plus peur si on accompagnait vraiment les personnages, si on les connaissait comme des amis.

Michael McDowell semble aimer les sagas familiales étranges, avec des romans se déroulant souvent dans le sud des Etats-Unis, où il est né. Il a également beaucoup travaillé en tant que scénariste au cinéma, avec Tim Burton notamment. Tous ces éléments, plus la lecture de ce roman, m’ont incité à aller voir plus loin, et je vous recommande de faire de même !

Maloriel