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	<title>Itinéraire-bis.org</title>
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	<description>Le webzine des Chemins de Traverses</description>
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		<title>Enfin!</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Aug 2010 18:24:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kalys</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>L&#8217;Appel à textes est en ligne! N&#8217;hésitez pas à venir poser vos questions sur le forum.</p> ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;Appel à textes est en ligne! N&#8217;hésitez pas à venir poser vos questions sur le <a href="http://cheminsdetraverses.forumpro.fr">forum</a>.</p>
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		<title>Kalys</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jul 2010 20:45:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kalys</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'équipe d'Itinéraire-bis]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align:justify;">J&#8217;écris depuis l&#8217;âge de quatorze ans, un truc comme ça. A l&#8217;époque, je rédigeais des poèmes très drôles, qui se voulaient ultra-sombres, puisque j&#8217;étais influencée par Poppy Z Brite et Sire Cédric. J&#8217;ai aussi produit quelques infâmes nouvelles. Mais, je vous jure, il y avait un vague début de soupçon de talent dedans. <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=915">Kalys</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://www.hiboox.fr/go/images/divers/nath,7d519e9db2cded1f585afa4d414e43a2.jpg.html" alt="Hébergé par Hiboox.fr"><img src="http://images4.hiboox.com/vignettes/2910/7d519e9db2cded1f585afa4d414e43a2.jpg" border="0"  ></a>J&#8217;écris depuis l&#8217;âge de quatorze ans, un truc comme ça. A l&#8217;époque, je rédigeais des poèmes très drôles, qui se voulaient ultra-sombres, puisque j&#8217;étais influencée par Poppy Z Brite et Sire Cédric. J&#8217;ai aussi produit quelques infâmes nouvelles. Mais, je vous jure, il y avait un vague début de soupçon de talent dedans. C&#8217;est pour ça que j&#8217;ai continué. Aujourd&#8217;hui, à vingt-six ans, je co-dirige cette association avec Maloriel et je me perds dans une dizaine de projets littéraires, dont évidemment aucun n&#8217;a encore abouti puisque je suis trop éparpillée. Une chose est sûre, écrire est ce qu&#8217;on pourrait appeler ma vocation, dans le sens où je ne sais pas vivre sans, et suis incapable de penser le monde sans le mettre en mots.<br />
Si j&#8217;ai une prédilection pour les genres de l&#8217;imaginaire, parce qu&#8217;ils permettent à mon sens d&#8217;aborder toutes les questions traitées dans la littérature généraliste tout en maintenant éveillé notre désir de magie et de rêve, je n&#8217;en lis pas moins la majeure partie de ce qui me tombe sous la main. Comme Maloriel, je suis surtout portée sur le dix-neuvième, siècle de passion et de découvertes s&#8217;il en est. Je tire à vue sur qui m&#8217;explique que Maupassant est chiant.<br />
A l&#8217;heure actuelle, je suis exilée volontaire au Québec, tout ça parce que j&#8217;aime défier mes angoisses et mes lacunes.<br />
Pour m&#8217;aider à respirer, pour tisser des univers qui m&#8217;entourent et me portent le long des jours, il me faut de la musique. J&#8217;ai une dette envers certains musiciens d&#8217;électro-dark : je me sens plus présente quand je les écoute. A ce propos, Mexicans rule! Et tant pis pour les Allemands.<br />
Je crois que je suis aussi faite de la poussière des voyages&#8230; De la lumière éclatante du Portugal, de l&#8217;eau bleu glacial du fond des fjords norvégiens. La Bretagne est ma patrie de cœur, mais le monde entier pourrait devenir ma terre d&#8217;accueil. J&#8217;ai peur de la solitude mais aussi des habitudes. Je voudrais vivre comme les hippies (sans la drogue, par contre – mais avec l&#8217;alcool, sans hésiter). Ah, oui, et j&#8217;aime manger, aussi ^^. Bien manger, s&#8217;entend. Cuisiner, mélanger, marier les goûts et les couleurs, ça, ça me plaît. Je suis une espèce d&#8217;hypocondriaque de la bouffe, je ne peux pas manger fast-food tous les jours, j&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;avoir des carences ;P</p>
<p>Bon, beh&#8230; Bienvenue! En espérant que vous aussi, aimerez explorer les sentiers détournés.</p>
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		<title>Maloriel</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jul 2010 20:15:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maloriel</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'équipe d'Itinéraire-bis]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Cette année, cela fait vingt-trois ans que j&#8217;existe officiellement. Au début, on me connut comme une petite fille sage et sérieuse (exceptée les vilaines blagues que j&#8217;aimais faire à ma grande soeur), puis comme la gothique-sataniste de service au collège et au lycée ; et maintenant&#8230; Maintenant je ne sais pas. Juste Muriel, <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=913">Maloriel</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://www.hiboox.fr/go/images/divers/muriel,b58cd79d0c146dbcc15e80ff6892e29b.jpg.html" alt="Hébergé par Hiboox.fr"><img src="http://images4.hiboox.com/vignettes/2910/b58cd79d0c146dbcc15e80ff6892e29b.jpg" border="0"  ></a>Cette année, cela fait vingt-trois ans que j&#8217;existe officiellement. Au début, on me connut comme une petite fille sage et sérieuse (exceptée les vilaines blagues que j&#8217;aimais faire à ma grande soeur), puis comme la gothique-sataniste de service au collège et au lycée ; et maintenant&#8230; Maintenant je ne sais pas. Juste Muriel, éprise de littérature et de philosophie et très bavarde sur le sujet, étudiante heureuse de l&#8217;être, écrivaine en formation, traductrice en embryon.<br />
Avec Nathalie (Kalys), nous avons créé cette association afin de promouvoir l&#8217;écriture en tant qu&#8217;art et artisanat, et afin de n&#8217;être plus tout seul derrière son écran, mais de s&#8217;échanger des connaissances et progresser avec des gens de tout bord. Aujourd&#8217;hui, malgré un certain dilettantisme (j&#8217;ai des tendances aiguës de paresse, rêverie, et beuverie), cette association est ce qui me tient le plus à coeur parmi mes autres activités.<br />
Une autre chose importante dans ma vie, c&#8217;est la musique, et au-delà, la communauté métal, avec qui j&#8217;ai passé parmi les moments les plus drôles et agréables de ma vie (Metalcamp rules !!!).<br />
Cette année, je fais un mémoire de lettres sur le sublime et le sacré chez Virginia Woolf, Henry Miller, et Jean Giono. Un sujet qui me passionne.<br />
Ma rencontre avec les littératures dites de l&#8217;imaginaire est assez récente, par contre, j&#8217;ai baigné dans le milieu de l&#8217;épouvante depuis que j&#8217;ai découvert le rayon adulte de la bibliothèque municipale vers onze ans, et je reste profondément attachée à ce genre, d&#8217;un point de vue aussi bien littéraire que cinématographique. Ce que j&#8217;aime en fantasy et en SF, c&#8217;est la primauté accordée au fait de raconter une histoire, sans s&#8217;encombrer de prétentions littéraires intellectualisantes. Mais je suis fort éclectique en littérature et suis particulièrement attirée par le dix-neuvième siècle pour l&#8217;ensemble de ses mouvements esthétiques.<br />
Pour finir, j&#8217;ai des lieux de prédilection : je reste profondément attachée à toutes les forêts, à la Bretagne qui m&#8217;a adoptée à 14 ans, à la Provence (mon paradis), et à l&#8217;Ecosse, pays d&#8217;une beauté stupéfiante.<br />
Vous en savez déjà pas mal sur moi, et je ne vous en imposerai pas davantage.<br />
Bienvenue sur les Chemins de Traverse, en espérant que nos itinéraires se croisent !</p>
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		<title>Lionel Davoust, La volonté du dragon</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jul 2010 16:19:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maloriel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews et chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[la volonté du dragon]]></category>
		<category><![CDATA[lionel davoust]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:justify;"> Le premier roman de Lionel connaît un beau succès : il est déjà en réimpression ! Et pour cause, voilà un livre de qualité qui fait plaisir à lire, parce que l&#8217;écriture est précise, intelligente, efficace, et que le contenu non seulement est intéressant, mais aussi poignant. L&#8217;univers dans lequel se déroule <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=889">Lionel Davoust, La volonté du dragon</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">
Le premier roman de Lionel connaît un beau succès : il est déjà en réimpression ! Et pour cause, voilà un livre de qualité qui fait plaisir à lire, parce que l&#8217;écriture est précise, intelligente, efficace, et que le contenu non seulement est intéressant, mais aussi poignant.<br />
L&#8217;univers dans lequel se déroule l&#8217;histoire est une pure création de l&#8217;auteur, ce qui lui donne tout son charme et son intérêt. On est projeté dans un cadre intemporel, qu&#8217;on ne peut faire correspondre avec un moment historique et qui tient aussi bien de notre passé que de la spéculation sur l&#8217;avenir. Il y a des combats, de l&#8217;héroïsme, mais, à la manière d&#8217;un David Gemmell, Lionel Davoust s&#8217;intéresse surtout à quelques individus choisis dans la bataille, ou parce qu&#8217;ils ont un rôle prépondérant dans le déroulement du scénario. C&#8217;est donc à travers leurs yeux qu&#8217;on assiste à des combats spectaculaires, et qu&#8217;on ressent particulièrement bien l&#8217;angoisse et l&#8217;adrénaline qui les immobilise ou les pousse à l&#8217;action. Je pense que c&#8217;est aussi cela, la spécificité de ce livre : on est au coeur des événements, et on est pris dans leur confusion et leur énormité, un peu comme dans La Brèche, ce roman de Christophe Lambert qui nous fait revivre le débarquement. Il faut donc vous attendre à lire d&#8217;une traite ce roman passionnant qui vous fera vivre une superbe aventure. Et au-delà de la pure aventure, nous assistons dans ce livre à un double combat : physique et mental. Et l&#8217;ambiguité est sans doute le maître mot de cette habile narration : tout le long du livre, on sera sur le fil, incertain quant à l&#8217;issu, et perplexe quant à déterminer quelles sont les victoires et les échecs, car les faux-semblants perturberont notre vision du monde en même temps que celle des personnages&#8230;</p>
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		<title>Lionel Davoust</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jul 2010 15:58:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maloriel</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Spécial Imaginales 2010]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align:justify;"> Entre ton métier de traducteur, les cours que tu donnes à l&#8217;université d&#8217;Angers, les nouvelles pour diverses anthologies, comment s&#8217;est passé la rédaction de La Volonté du dragon ? Est-ce que ça a été long ?</p> <p>Ça s’est passé… de façon compliquée ! Non pas à cause des projets parallèles, je fonctionne de <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=901">Lionel Davoust</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">
<strong>Entre ton métier de traducteur, les cours que tu donnes à l&#8217;université d&#8217;Angers, les nouvelles pour diverses anthologies, comment s&#8217;est passé la rédaction de <em>La Volonté du dragon</em> ? Est-ce que ça a été long ?</strong></p>
<p>Ça s’est passé… de façon compliquée ! Non pas à cause des projets parallèles, je fonctionne de manière très séquentielle autant que possible, terminant un chantier avant d’attaquer le suivant. Mais parce que deux semaines avant de rendre le livre, je me suis aperçu que j’étais parti dans une direction complètement erronée. Les personnages enchaînaient obligeamment les étapes prévues par le scénario, pourtant, ils ne servaient pas convenablement l’histoire et celle-ci ne les portait pas : en un sens, je me suis rendu compte que je n’étais pas en train d’écrire le roman que je voulais. J’en ai donc réécrit plus de la moitié quinze jours avant de le remettre aux éditions Critic, changeant l’optique de certains personnages, en sabrant carrément d’autres, refondant des scènes entières jusqu’à pouvoir déclarer que j’avais été fidèle à mes intentions autant que possible.<br />
Pour la durée à proprement parler, ce fut assez rapide – je dirais deux mois. Mais il faut voir que j’ai eu l’idée de ce récit un an avant de commencer à l’écrire vraiment et que j’avais déjà pas mal de notes préparatoires (sans compter que j’accumule régulièrement les éléments de décor sur Évanégyre, le monde où se déroule le livre, depuis bientôt dix ans). </p>
<p><strong>Aux Imaginales, tu as déclaré te trouver entre la fantasy la SF. Quelles sont tes influences ? Qu&#8217;est-ce qui te plaît dans chacun de ces genres, et que penses-tu que le mélange peut apporter à ton histoire ?</strong></p>
<p>En fait, j’ai des lectures nobles et des lectures coupables. Pour le côté noble : j’adore tout ce qui joue avec les codes de la réalité pour en tirer quelque chose de fondamental sur le monde, voire de mystique, mais sans se prendre au sérieux. (Ce goût se retrouve d’ailleurs dans les nouvelles de <em>L’Importance de ton regard</em>.) J’erre donc dans des eaux troubles, à cheval sur les frontières : j’aime des auteurs d’imaginaire à la fois bâtisseurs d&#8217;univers et d’idées comme Van Vogt, Zelazny, Lovecraft ou Sheckley, des surréalistes comme Vian, mais aussi des penseurs comme Nietzsche, Jung ou Castaneda.<br />
Le côté coupable, c’est que je suis affreusement bon public (une vraie midinette) avec toutes les histoires qui savent parler à mon cœur ou qui sont juste débiles. J’adore les anime japonais, les séries télé, les jeux vidéo, cette fantasy tristement méprisée parce que dite « ultra-commerciale », les licences… Moi, dès que ça me fait rêver, qu’on me montre de jolies images avec des êtres tragiquement humains, je marche. J’aime les belles histoires. Point.<br />
Par conséquent, je ne réfléchis donc absolument pas en termes de genre, du moins pas a priori, mais en termes d’envie. Je trouve d’ailleurs l’obsession actuelle pour la classification en sous-genres assez vaine et surtout très étouffante. Ce qui compte pour moi, c’est le regard qu’on porte sur le monde : littérature « mimétique » (qui reflète la réalité, donc la littérature générale) ou bien « non-mimétique » (qui s’en écarte volontairement, l’imaginaire). Tout ce que je sais, c’est que je suis un « non-mimétique », parce que c’est de toute façon mon mode de fonctionnement au quotidien. Si j’ai envie de raconter telle histoire, d’aller dans telle direction, alors je m’efforce de rendre le rêve possible de façon vraisemblable et claire, mais ça peut être par la science, la magie, une rencontre des deux, ou juste parce que c’est comme ça que ça marche dans ce monde-là.<br />
Je ne sais donc pas vraiment ce que le mélange fantasy / SF peut apporter de spécifique à mon récit – ce n’est pas un calcul –, sinon la ferme conviction qu’on fait sortir des choses intéressantes et peut-être nouvelles quand on fait se rencontrer des éléments a priori étrangers. Et puis, j’adore jouer à ça. </p>
<p><strong>La réflexion présente dans <em>La Volonté du dragon</em>, autour de la notion de prédestination notamment, reflète-t-elle un questionnement personnel ?</strong></p>
<p>La prédestination joue un rôle fondamental dans tout l’univers d’Évanégyre, mais c’est surtout une facette de causes plus profondes : le rouleau compresseur de l’histoire et la fonction de la mémoire collective. À titre personnel, je ne crois absolument pas au destin, en revanche, je pense que nous sommes le jouet de beaucoup de choses que nous ignorons sur nous-mêmes, ou dont nous nous convainquons à force de rationalisations et de pressions sociales, et dont nous sommes, à terme, les victimes. Qui sait quels meilleurs choix, pour nous, nous pourrions faire si nous en étions conscients ? (Mais quelle humanité serions-nous alors ?)<br />
La recherche de cette identité véritable et le but qu’elle cache, à savoir se battre pour s’approprier toujours davantage de liberté, est, là, un questionnement et même une obsession clairement personnelle, oui.</p>
<p><strong>Comment est né l&#8217;univers d&#8217;Evanégyre ? Est-ce un rêve de jeunesse ?</strong></p>
<p>La planète Évanégyre est née il y a une dizaine d’années. Elle est surtout venue d’une envie, celle de créer mon propre bac à sable où je raconterais de grandes histoires épiques qui pourraient peut-être susciter chez d’autres le vertige que j’ai adoré ressentir moi-même en tant que lecteur. C’est aussi un jeu immense et absolument passionnant. J’y mets ce que j’aime – des machines magiques, des dragons – et je réfléchis à la façon de faire fonctionner tout cela de manière cohérente. Comme je le disais plus haut, il se passe des choses intéressantes quand on fait se rencontrer des éléments a priori étrangers. D’autre part, ce monde me permet de pratiquer les divertissements uniques de l&#8217;imaginaire : créer des langues, des géographies, des civilisations, et trouver comment faire marcher tout ça ensemble. Parfois, ce jeu est utile – un détail peut servir d’accroche à une histoire entière, une tournure de langue peut m’expliquer la véritable culture d’une peuplade –, parfois non, mais peu importe : je m’amuse et je pioche au détour de mes notes les histoires qui me semblent dignes d’être racontées. Justement, je m’efforce de ne jamais perdre de vue que je suis là pour raconter une histoire, pas pour bassiner le lecteur avec des pages et des pages de background : je n’en mettrai jamais plus qu’il n’est nécessaire pour le récit en question.<br />
Je tiens aussi à ce que les ensembles narratifs soient parfaitement indépendants les uns des autres, et c’est une deuxième composante fondatrice de ce monde. Il y a assez de séries fleuve de fantasy sur le marché et je ne vois pas ce que je pourrais apporter de plus. Je veux qu’on puisse attaquer cet univers par n’importe quel bout, par n’importe quelle période, passer un bon moment, et éventuellement, si on le souhaite, en rester là. Après, des éléments se répondent d’une histoire à l’autre, des questions plus vastes sur la trame apparaissent au fur et à mesure, mais c’est une sorte de « valeur ajoutée », quand on commence à accumuler les points de vue différents, quand la grande histoire se dégage de la petite. C’est un côté ludique supplémentaire et une façon de remercier les lecteurs de leur fidélité – tout en leur assurant que ces questions cachées auront toutes des réponses. </p>
<p><strong><em>La Volonté du Dragon</em> a du être réimprimée ! J&#8217;imagine que ce doit être grisant. As-tu l&#8217;impression d&#8217;avoir beaucoup progressé depuis tes premières nouvelles ? Quel regard as-tu sur ton parcours ?<br />
</strong></p>
<p>C’est incroyable que le roman ait été réimprimé moins de trois mois après sa sortie ! Je tiens d’ailleurs à remercier tous les lecteurs qui ont bien voulu me faire confiance et pour toutes les chroniques que j’ai pu lire et recevoir, c’est fantastique et émouvant de voir que la critique la plus fréquente formulée à l’encontre du récit est « C’est trop court ! On en veut plus ! » C’est très encourageant pour continuer à parler de ce monde et d’en livrer tous les secrets.<br />
J’ai justement relu en profondeur presque tous mes textes écrits depuis une petite dizaine d’années pour <em>L’Importance de ton regard</em> et c’était une expérience curieuse. J’ai été assez étonné de constater à quel point ça partait dans tous les sens, SF, fantasy, fantastique, bizarre, même un peu de littérature générale, et j’avoue que j’en suis fier. Mon souhait le plus cher est que mon lecteur soit toujours surpris par ce qu’il va trouver chez moi, tout en ayant l’assurance de découvrir un récit convenablement ficelé, qui ne triche pas, fonctionne et ressemble à mes envies.<br />
J’ai forcément progressé depuis dix ans, mais surtout parce que j’ai élargi mes horizons, je pense, et que j’ai étoffé ma boîte à outils, ce qui me permet de faire davantage de choses et de puiser dans une plus grande diversité de techniques pour atteindre mes objectifs. Je veux toujours écrire des textes qui vont m’apprendre quelque chose, mais je m’efforce aussi de reconnaître ceux que je suis capable de faire à un moment donné et ceux pour lesquels je n’ai pas (encore) la compétence. D’après les premiers avis sur L’Importance, de vieilles nouvelles comme « Tuning Jack » passent toujours aussi bien auprès de nouveaux lecteurs, et là aussi, j’en suis très heureux et fier. Or, je pense pouvoir dire que si je devais l’écrire aujourd’hui, je crois qu’il serait assez proche de ce qu’il était à l’époque. En revanche, je n’aurais pas su construire « L’Importance de ton regard » ni « L’Île close » en 2003, il m’a fallu progresser sur toute une série de fronts pour cela, écrire un certain nombre d’autres choses d’abord. Bref, j’ai appris à viser plus précisément ma cible, évidemment, mais j’ajoute surtout des cordes à mon arc. </p>
<p><strong>Merci pour ton temps et très bonne continuation de la part de toute l&#8217;association.</strong></p>
<p>Grand merci à vous pour vos excellentes questions et je veux en profiter pour vous dire un grand bravo pour votre travail au sein des Chemins de Traverse : on ne voit pas souvent des associations adopter votre approche très pro et technique de l’écriture !</p>
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		<title>Thomas Geha, Le sabre de sang</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jul 2010 15:56:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maloriel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align:justify;"> <p>Voici le premier opus des aventures de Tiric Sherna, une sorte de Conan débordant d&#8217;humour. Un livre surprenant par sa rapidité. Tout est rebondissements, coups de théâtres, duels, embuscades, espionnages, voyages périlleux&#8230; A vrai dire, il est impossible de s&#8217;ennuyer une seule seconde. Car cette narration chargée en péripéties ne fait pas <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=891">Thomas Geha, Le sabre de sang</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">
<p>Voici le premier opus des aventures de Tiric Sherna, une sorte de Conan débordant d&#8217;humour. Un livre surprenant par sa rapidité. Tout est rebondissements, coups de théâtres, duels, embuscades, espionnages, voyages périlleux&#8230; A vrai dire, il est impossible de s&#8217;ennuyer une seule seconde. Car cette narration chargée en péripéties ne fait pas d&#8217;erreurs et nous emmène là où elle le veut sans qu&#8217;on ne se rebelle face à l&#8217;invraisemblance ou l&#8217;incohérence de sa démarche. On y croit, on s&#8217;amuse, et on savoure l&#8217;écriture énergique, gouailleuse et inventive de l&#8217;auteur, qui paraît avoir pris beaucoup de plaisir à écrire ce livre. Du coup, nous aussi !<br />
Cela dit, la fin annonce un changement de ton radical et nous surprend presque complètement. Vivement la suite !</p>
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		<title>Thomas Geha</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jul 2010 15:56:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maloriel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews et chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Spécial Imaginales 2010]]></category>
		<category><![CDATA[Le sabre de sang]]></category>
		<category><![CDATA[Thomas Geha]]></category>

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		<description><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Tout semble aller de mieux en mieux et de plus en plus vite pour toi ! Mais pourrais-tu te présenter à nos visiteurs, afin de mieux connaître ton parcours ?</p> <p>Dans la vraie vie, je m’appelle Xavier, j’ai 34 ans. J’écris depuis tout petit. J’ai commencé à plonger dans des univers imaginaires personnels <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=897">Thomas Geha</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Tout semble aller de mieux en mieux et de plus en plus vite pour toi ! Mais pourrais-tu te présenter à nos visiteurs, afin de mieux connaître ton parcours ?</strong></p>
<p>Dans la vraie vie, je m’appelle Xavier, j’ai 34 ans. J’écris depuis tout petit. J’ai commencé à plonger dans des univers imaginaires personnels vers 12 ans, grâce à une prof de Français, madame Bédouet, quand j’étais au collège St-Louis de Plouaret (Côtes-d’Armor) en sixième il y a maintenant très longtemps. On dira que, depuis, je n’ai jamais arrêté, même s’il y a des périodes d’écriture plus intenses que d’autres. J’ai publié ma première nouvelle (<em>Solène</em>) en 1994, et je remercie la Solène qui me l’a inspirée (rires). C’était dans le fanzine Dragon &#038; Microchips, dirigé de main de fer par l’excellent Philippe Marlin. Ensuite, eh bien, ça c’est enchaîné petit à petit. Diverses nouvelles ici et là, première nouvelle professionnelle dans l’anthologie <em>Rêves d’Absinthe </em>(dirigée par Philippe Marlin again) en 1999 je crois. Puis premier roman en 2005 chez Rivière Blanche, collection hommage au Fleuve Noir des années 70, <em>A comme Alone</em>, publié sous la houlette de mon mentor, encore un Philippe, mais Ward ce coup-ci. <em>A comme Alone</em> et sa suite <em>Alone contre Alone</em> sont des post-apocaplytiques échevelés, naviguant dans les eaux troubles de l’action, du suspense, de l’humour, et de la référence, écrits avec une plume voulue gouailleuse, un peu façon San Antonio, mais assez mimétique de celle de Julia Verlanger, l’auteur de la célèbre trilogie de <em>L’Autoroute Sauvage</em>. Mes deux romans en sont un hommage direct. Et puis, en 2009, j’ai publié mon troisième roman aux éditions Critic : <em>Le sabre de sang, histoire de Tiric Shern</em>a. Il s’agit du premier tome d’un diptyque dont la suite paraîtra en mars 2011, si tout va bien. C&#8217;est-à-dire, si je l’ai fini dans les temps ! Entretemps, sera paru chez Rivière Blanche un space-opera intitulé <em>La Guerre des Chiffonneurs</em>, en septembre 2010.</p>
<p><strong><em>Le Sabre de Sang</em> est un roman qui m&#8217;a évoqué la littérature pulp des années 30s aux Etats-Unis. Qualifierais-tu ton roman comme un pastiche ?</strong> </p>
<p>De toute façon, je suis totalement imprégné de cette culture pulp. Quoi que j’en dise, je suis forcément, dans mon écriture, dépendant de cette culture. Quand j’étais plus jeune, j’ai lu beaucoup de Howard (Conan, Kull), du Lovecraft, du Leiber, et des choses encore plus anciennes, par conséquent j’imagine que l’on retrouve des traces de tout cela dans mes livres, et notamment dans <em>le Sabre de Sang</em>. De là à parler de pastiche… non. <em>Le sabre de sang</em> n’est pas un pastiche. Je ne l’ai pas pensé ainsi (contrairement à ma précédente série). J’ai eu des inspirations conscientes (Vance, Verlanger) ou inconscientes (Howard, la série télé V), ça oui. Cela dit, j’admets sans honte et même avec une certaine fierté qu’il s’agit de littérature populaire pure et dure, d’un roman de distraction qui me permet aussi, de temps en temps, de poser quelques réflexions qui m’intéressent. Mais l’action, l’immersion dans un monde imaginaire avec des personnages forts, reste ma priorité, et le moteur du récit.</p>
<p><strong>C&#8217;est un livre très riche en action et en rebondissements, et on dirait que tu as pris beaucoup de plaisir à l&#8217;écrire. Est-ce le cas ? Y a-t-il eu des moments difficiles ?</strong></p>
<p>Si j’écris, c’est avant tout parce que j’y prends du plaisir. S’il n’y avait pas de plaisir dans l’acte d’écriture, ça ne m’intéresserait pas. Certains écrivains sont connus pour avoir détesté écrire, Fredric Brown par exemple, mais moi qui suis un grand sensible à l’affect, j’écris parce que mon corps et mon esprit me le dictent. Je suis obligé d’écrire tout comme je suis obligé d’avoir des jambes pour marcher. Après, oui, il y a des moments difficiles, il faut que l’envie soit là pour que j’écrive, et parfois elle me quitte. Je sais, par contre, qu’elle finit toujours par revenir de ses vacances.</p>
<p><strong>Ce roman penche plus vers la fantasy que la science-fiction. Est-ce la première fois que tu fais une incursion dans ce genre ? Qu&#8217;est-ce qui t&#8217;en a donné l&#8217;envie ? </strong></p>
<p>Pour tout dire, j’avais déjà écrit un roman de fantasy dont le sort funeste est lié à une boîte de Pépitos, mais bon, c’était pas génial, et finalement je préfère que ce texte ne soit jamais diffusé… Sinon, oui, quelques incursions pour des nouvelles, mais des nouvelles qui glissent plus vers la fantasy urbaine, l’interstitiel, comme celle parue récemment dans l’anthologie <em>Flammagories </em>(aux éditions Argemmios) : <em>Sumus Vicinæ</em>. Je vous invite d’ailleurs, chers lecteurs, à découvrir cette magnifique anthologie !<br />
 En ce qui concerne l’envie d’écrire de la fantasy, elle a toujours été là, au même titre que mon envie d’écrire de la SF ou du fantastique. C’est du pareil au même. Quand j’étais gamin, les collections de SF mélangeaient allègrement SF et Fantasy, je n’ai donc jamais réellement fait une différence entre les deux genres. Pour moi, c’est la même tambouille, celle que je lis et écris.</p>
<p><strong>Pourrait-on avoir de toutes petites révélations de rien du tout sur le second opus du <em>Sabre de Sang</em>, mmh ? </strong></p>
<p>Bouchez vous les yeux et fermez les oreilles, gros spoilers inside : Le sabre de sang 2, c’est le retour des morts-vivants ! Enfin, au moins d’un : Kardelj. L’action va se dérouler plusieurs années après les événements du premier. Sous l’influence du sabre, Tiric n’est plus le même, et ses désirs de reconquête ont été en partie assouvis. Quant à Kardelj, un événement, dont je ne dirai rien, lui a fait renoncer à sa vengeance. Mais il ne faudrait pas grand chose pour le remettre sur le sentier de la guerre, car il a toujours en lui une cicatrice impossible à refermer et que seule la mort de Tiric pourrait apaiser… on y rencontrera évidemment plein de nouveaux personnages intéressants, comme celui que l’on nomme « Le Masque », un personnage ami de Kardelj, acteur de théâtre de rue, dont personne n’a jamais vu le vrai visage parce que depuis sa naissance il porte un masque qui correspond au « rôle de sa vie ». En tous cas, il y aura plein de nouveaux rebondissements, jusqu’à la fin, voilà !</p>
<p><strong>Merci beaucoup et tous nos encouragements pour la suite, qui paraît riche en promesses. </strong></p>
<p>On espère ! Merci à toi et longue vie à votre association !</p>
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		<title>Les conférences</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Jul 2010 16:56:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maloriel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les conférences]]></category>
		<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
		<category><![CDATA[Actu SF]]></category>
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		<description><![CDATA[Voici un compte-rendu d'une conférence intéressante pour les jeunes auteurs, mais aussi pour les amateurs des littérature de l'imaginaire désireux de savoir ce qui se passe dans le monde de l'édition. Il est intéressant de connaître ces petites initiatives, remarquables pour la plupart, qui permettent à la littérature de se diversifier et aux lecteurs d'avoir accès à autre chose qu'à des best-sellers  <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=827">Les conférences</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>L&#8217;édition aujourd&#8217;hui.<br />
Actu SF, Malpertuis, Griffe d&#8217;encre, Rivière Blanche, Argemmios.<br />
</strong><br />
Voici un compte-rendu d&#8217;une conférence intéressante pour les jeunes auteurs, mais aussi pour les amateurs des littérature de l&#8217;imaginaire désireux de savoir ce qui se passe dans le monde de l&#8217;édition. Il est intéressant de connaître ces petites initiatives, remarquables pour la plupart, qui permettent à la littérature de se diversifier et aux lecteurs d&#8217;avoir accès à autre chose qu&#8217;à des best-sellers (et même si, il faut le répéter, ces derniers peuvent être très bon, il n&#8217;empêche qu&#8217;ils ne représentent qu&#8217;une petite partie de ce ce qui se fait aujourd&#8217;hui.)<br />
A travers quatre maisons d&#8217;éditions, toutes relativement jeunes, vous découvrirez l&#8217;état du marché aujourd&#8217;hui, des initiatives passionnantes, et l&#8217;histoire de ces projets qu&#8217;il faut soutenir avec rien de moins que beaucoup de passion pour les garder à flot. </p>
<p>Commençons par Actu SF, les éditions menées par Jérôme Vincent. Au début, il s&#8217;agissait du site Internet que certains d&#8217;entre vous connaissent certainement. Tout est parti de concours de nouvelles organisés par le site, qui ont donné lieu à des anthologies. Cela noue des relations avec les auteurs, avec lesquels naissent ensuite des projets&#8230; De fil en aiguille, cette effervescence commence à dépasser l&#8217;équipe d&#8217;Actu SF. Il est donc temps de le structurer en maison d&#8217;éditions, selon la même démarche que les éditions Griffe d&#8217;encre.<br />
Nathalie Dau, quant à elle, est d&#8217;abord auteure et anthologiste. Comment donc sont nées les éditions Argemmios ? Eh bien, tout est parti des anthologies parues chez Nestiveqnen, chez qui elle avait édité des anthologies autour des mythes celtiques. Nathalie avait envie de continuer sur cette voie, d&#8217;où la création des éditions Argemmios.<br />
Philippe Ward, lui, a fondé les éditions Rivière Blanche afin de rééditer les vieux textes de SF publiés chez Fleuve Noir , mais aussi des manuscrits jamais publiés, et de nouveaux auteurs. Bien qu&#8217;il faille être fou pour être éditeur de nos jours, selon ses dires.<br />
Christophe Thill est le co-fondateur des éditions Malpertuis, spécialisées dans la littérature fantastique. Chez eux, deux collections phares mènent la barque : la collection Absinthes, éthers, opiums, et la collection Brouillards. La première nous fait découvrir le fantastique tel qu&#8217;il est né au dix-neuvième siècle, avec ses étrangetés baroques, son parfum d&#8217;ancien, ses lampes à pétrole et son répertoire d&#8217;esprits, de fantômes et de magnétiseurs. D&#8217;anciens textes inédits ont été traduits, et des pastiches de ce genre si particulier apparaissent également dans cette collection unique. La deuxième, Brouillards, propose des textes plus modernes, qui se rapprochent de la fantasy urbaine. Il s&#8217;agit de parler des légendes de notre temps, en gardant cette ambiguïté et ce bizarre tellement propres à la littérature fantastique.<br />
Les petites maisons d&#8217;éditions ont des petits moyens, et donc des petites équipes. Comment fonctionnent-elles ?<br />
Magali Duez, des éditions Griffe d&#8217;encre, nous confie qu&#8217;ils ne sont que trois. Pour avancer et pour survivre, ils emploient pas mal de stagiaires. Philippe Ward compare son entreprise à un artisanat. Tout se fait au cas par cas. C&#8217;est un métier qu&#8217;il fait le soir, une petite entreprise. En ce qui concerne Nathalie Dau, elle a été aidée par des bénévoles et des passionnés. Ainsi soutenue, elle a pu mettre en place un comité de lecture, faute de quoi, elle aurait été incapable de prendre en charge la lecture de tous les manuscrits. C&#8217;est le problème de Jérôme Vincent qui pour sa part ne peut pas compter sur un comité de lecture&#8230; Avis aux intéressés, c&#8217;est pour cela qu&#8217;il est très en retard sur ses emails !<br />
Les éditions Malpertuis, de leur côté, sont une structure associative, ce qui apporte comme vous pouvez l&#8217;imaginer son lot d&#8217;avantages et d&#8217;inconvénients. Comme une association est à but non lucratif, certaines contraintes de gestion n&#8217;existent pas. La contrepartie, c&#8217;est que les deux fondateurs des éditions, Christophe Thill et Thomas Bauduret, ont dû apprendre à tout gérer : le graphisme, les maquettes, la comptabilité, la relecture, l&#8217;impression, la communication&#8230; Heureusement, d&#8217;après Christophe, il y a un vrai réseau d&#8217;entraide entre petits éditeurs. Le problème, c&#8217;est que dans une structure aussi petite, chaque poste est polyvalent, et il faut savoir tout faire.<br />
Donc, avec des structures si petites, on imagine que l&#8217;on doit rencontrer certains problèmes de diffusion et de distribution. Qu&#8217;en est-il ?<br />
Le bilan, pour les éditions Argemmios, c&#8217;est que s&#8217;ils réalisent des ventes directes, ça fonctionne à peu près, mais en passant par le distributeur, ils vendent à perte. Notons que le diffuseur, c&#8217;est celui qui prend contact avec les librairies en présentant les ouvrages et en négociant les quantités qu&#8217;il va leur vendre ; tandis que le distributeur assume les aspects logistiques de la distributions, et s&#8217;assure que le libraire paie sa facture. Il faut cependant préciser qu&#8217;il s&#8217;agit souvent de la même personne. Pour continuer dans les chiffres, Actu SF touche 35 à 40 %, mais à ce niveau, ils n&#8217;ont encore payé ni l&#8217;équipe éditoriale, ni les auteurs. La marge brute s&#8217;élève aux alentours de 10%.<br />
Les éditions Rivière Blanche bénéficient d&#8217;un régime particulier. Sans diffuseur ni distributeur, ils impriment à la demande. Ainsi, Philippe Ward peut parfaitement ne commander qu&#8217;un seul exemplaire à son imprimeur. Il n&#8217;a donc pas de stock et gère les commandes au jour le jour. Par Internet avec les particuliers, et il démarche lui-même les libraires. À la première impression, il prévoit de 20 à 80 exemplaires, notamment pour la diffusion auprès des services presse. Le livre est malheureusement plus cher avec ce système d&#8217;impression, mais la petite entreprise de Philippe Ward fonctionne, et ce depuis 6 ans. Le plus dur, pour les petites maisons d&#8217;éditions, c&#8217;est de se faire connaître. Mais Philippe affiche trente ans d&#8217;ancienneté dans le monde de l&#8217;imaginaire, et ça fait pas mal de contacts&#8230; Faute d&#8217;un véritable service commercial, c&#8217;est le bouche à oreille qui fonctionne.<br />
L&#8217;état des lieux étant fait, on peut se demander si ces petites structures ont des ambitions, et comptent devenir plus importantes.<br />
« Oui, répond Jérôme Vincent, Gallimard tremble. » Plus sérieusement, Actu SF vient de lancer une nouvelle collection, Perles d&#8217;épices, éditant des nouvelles et des novellas du domaine international.<br />
Quant à Griffe d&#8217;encre, leur ambition est plutôt de « grandir que grossir ». Il faut améliorer la communication, rencontrer son public, mettre à profit l&#8217;expérience des années passées, et les éditions nous réservent apparemment une multitude de projets alléchants sur lesquels Magali Duez préfère rester discrète pour l&#8217;instant&#8230; Affaire à suivre !<br />
Pour les éditions Malpertuis, qui continuent leur petit bonhomme de chemin depuis deux ans, il s&#8217;agira de traduire de vieux textes inédits (avis aux intéressés : ces messieurs ne traduisent que l&#8217;anglais et s&#8217;intéressent au fantastique allemand, italien, scandinave&#8230; Proposez-leur des traductions si vous êtes en mesure de le faire, à mon avis, ils seront intéressés !). Ils aimeraient sortir de leur petit milieu d&#8217;initiés, en améliorant la stratégie de communication, mais aussi en se tournant vers la presse régionale pour soutenir leurs projets. </p>
<p><strong>Déclin de la SF, essor de la fantasy ?<br />
Serge Lehman, Stéphane Marsan, Fabrice Colin, Lionel Davoust.<br />
Modération : Jérôme Vincent.</strong></p>
<p><a href="http://www.hiboox.fr/go/images/divers/serge-lehman-et-cie,c7218f79594a52d574bb2ffdba6b18fd.jpg.html" alt="Hébergé par Hiboox.fr"><img src="http://images4.hiboox.com/vignettes/2810/c7218f79594a52d574bb2ffdba6b18fd.jpg" border="0"  ></a></p>
<p>De gauche à droite : Serge Lehman, Stéphane Marsan, Jérôme Vincent, Fabrice Colin, Lionel Davoust.<br />
J&#8217;ai décidé de vous rapporter aussi ce qui a été dit dans cette passionnante conférence, qui met à plat certains enjeux de la littérature de genre à l&#8217;heure actuelle. On y apprend beaucoup de choses et la réflexion qui s&#8217;y installe laisse de quoi méditer sur les dynamises sociaux et historiques qui régissent les productions littéraires&#8230;<br />
Stéphane Marsan, co-directeur des éditions Bragelonne, ouvre le feu. Il est certain, aujourd&#8217;hui, que la fantasy est ce qui marche le mieux, en représentant à peu près 70% des ventes dans son entreprise. La SF est en deuxième place, et le fantastique et l&#8217;horreur font un peu office d&#8217;un « troisième homme ». Mais ce phénomène n&#8217;est pas unique à la France : on constate la même chose partout dans le monde. La chose un peu étrange, c&#8217;est que les éditeurs de l&#8217;imaginaire paraissent, plus que les autres, se sentir une sorte de responsabilité envers les genres : « nous appartenons à ces genres et ces genres nous appartiennent », affirme Stéphane. Il y a donc une volonté de faire survivre les genres, en dépit des réalités du marché. Cependant, la logique est claire : la SF vend moins, donc on en publie moins, et elle est moins visible en librairie.<br />
Cela dit, tous les genres littéraires comptent des auteurs de tête qui vendent énormément. Iain Banks, par exemple, vend à 150 000, ce qui est rare en SF. Le déclin de la SF est amorcé depuis les années 80, et on peut dire que la fantasy l&#8217;amorce à son tour aujourd&#8217;hui.<br />
Serge Lehman, quant à lui, pense qu&#8217;il y a des périodes de déclin et de renouveau, depuis la naissance de la SF dans les années 30 aux Etats-Unis, ce qui correspond à des cycles générationnels&#8230; D&#8217;autre part, il est possible que la SF, en tant que genre, connaisse une baisse d&#8217;inspiration. Après  un siècle de science-fiction, il y a un essoufflement, et peut-être qu&#8217;on a fait le tour d&#8217;une certaine manière de faire de la science-fiction. On a un rapport complexe au futur, et spéculer avec de nouvelles données, en quantité énorme : il est de plus en plus difficile de faire des prévisions, et écrire une histoire crédible dans le futur demanderait énormément de recherches.<br />
En France, jusque dans les années 80, il n&#8217;y avait pas de fantasy, sinon dans les collections de SF. Il est possible que les lecteurs qui aimaient la SF pour son aspect dépaysant, pour les possibilités d&#8217;évasion qu&#8217;elle proposait se soient ensuite reportés sur la fantasy. Il y a peut-être ce trait commun, une émotion que l&#8217;on recherche dans les deux genres. Mais on est passé d&#8217;un label fourre-tout à une multiplications de labels, qui séparent la SF de la fantasy, et séparent ces deux genres en de multiples sous-genres. De plus, la SF aujourd&#8217;hui est peut-être devenu un genre intimidant, ambitieux et intellectuel. L&#8217;actualité d&#8217;aujourd&#8217;hui ressemble, en fait, aux scénarios de la SF des années 70, où on parlait de fin du monde. Il est possible que du coup, on n&#8217;ait plus envie de lire ce genre de livres&#8230;<br />
Stéphane Marsan constate que c&#8217;est aussi le lectorat qui a changé. Celui de la SF et celui de la fantasy se sont dissociés. La fantasy, qui était présentée comme « le petit frère un peu simplet, mais musclé » de la SF a pris le dessus. Pourtant, le brouillage entre les deux genres continue en librairie, en dépit du fait que fantasy et SF n&#8217;attirent pas le même public&#8230; Les commerciaux ne semblent pas encore avoir compris cette dissociation.<br />
Pour Lionel Davoust, en reprenant à son compte l&#8217;avis de l&#8217;auteur Charles Wilson, la SF s&#8217;est nuie à elle-même. Elle s&#8217;est concentrée sur de petites niches éditoriales, et un public d&#8217;initiés. De plus, la SF aujourd&#8217;hui a une image d&#8217;extrapolation scientifique, une littérature très noire et dystopique. Autrefois la science était synonyme d&#8217;espoir, aujourd&#8217;hui elle suscite surtout la méfiance. Clarke disait que toute technologie assez avancée n&#8217;est autre chose que de la magie, mais la science a perdu, semble-t-il, son « sense of wonder » qui faisait son charme et la rapprochait de ce que l&#8217;on recherche en fantasy. L&#8217;imaginaire, c&#8217;est pourtant l&#8217;envie de jouer avec les codes de la réalité, de découvrir d&#8217;autres réalités, d&#8217;aborder le réel sous un autre angle&#8230;<br />
En tout cas, pour Lionel, s&#8217;il y a un lectorat bien distinct pour SF et fantasy, il craint de ne pas avoir du tout (ce qui est, rassurons-le, loin d&#8217;être le cas !), car il aime mélanger les deux sans trop se poser de questions.<br />
Pour Fabrice Colin, la force de la fantasy c&#8217;est de créer un autre monde, pas forcément situé dans le passé, mais un ailleurs. Quand on regarde les films de SF qui ont fonctionné ces derniers temps, il s&#8217;agit en fin de compte beaucoup plus de fantasy : Star Wars et Avatar, par exemple, ont une structure manichéenne (au sens objectif du terme), on a des explorations de mondes inconnus, des guerres de conquête. Le fait qu&#8217;il y ait de la technologie ne suffit pas à faire de la SF. D&#8217;ailleurs, en jeunesse, beaucoup d&#8217;éditeurs ne font pas la différence. La SF a désormais une inscription beaucoup plus forte en littérature générale.<br />
Pour clore cette conférence, il faut aussi signaler un genre bien particulier qui connaît un essor fulgurant, effet de mode ou non : la bit litt, qu&#8217;on pourrait qualifier de « supernatural porn ». Reste à voir si le fait qu&#8217;elle constitue désormais une catégorie marketing en fait véritablement un genre littéraire&#8230; Mais ceci est un autre débat (auquel, par ailleurs, vous êtes conviés à discuter sur le forum !)</p>
<p><strong>Génération Bragelonne.<br />
Stéphane Marsan, Anne Guéro, Jacqueline Carey, Laurent Genefort, Henry Loevenbruck, Pierre Pevel, Eric Wietzel, Ange.<br />
Modération : Jean-Claude Vantroyen.<br />
</strong></p>
<p><a href="http://www.hiboox.fr/go/images/divers/bragelonne3,1c4a193875cf57706377cfd22385c4c0.jpg.html" alt="Hébergé par Hiboox.fr"><img src="http://images4.hiboox.com/vignettes/2810/1c4a193875cf57706377cfd22385c4c0.jpg" border="0"  ></a></p>
<p>Stéphane Marsan, Jean-Claude Vantroyen, Ange, Jacqueline Carrey, Lionel Davoust</p>
<p><a href="http://www.hiboox.fr/go/images/divers/bragelonne,656bfa1567bb57e5e5346f0f224c3c93.jpg.html" alt="Hébergé par Hiboox.fr"><img src="http://images4.hiboox.com/vignettes/2810/656bfa1567bb57e5e5346f0f224c3c93.jpg" border="0"  ></a><br />
Laurent Genefort, Eric Wietzel, Pierre Pevel, Henri Loevenbruck</p>
<p>Pour ceux qui aiment les collections Bragelonne, voici un petit point sur cette maison d&#8217;éditions qui a réussi à importer la fantasy en France, et est devenu le plus gros des éditeurs de l&#8217;imaginaire.<br />
Ce sont les dix ans de Bragelonne ! Il s&#8217;agit d&#8217;une société de 6 associés, dirigée par Alain Névant et Stéphane Marsan. Marsan choisit les livres à publier, Névant « fait en sorte que la société ne dépose pas le bilan ». Bragelonne est une maison d&#8217;éditions qui a réussi à réaliser les rêves de ses fondateurs, tout en prenant en compte les réalités du marché. A la base, il n&#8217;y avait aucun calcul commercial, il y avait beaucoup à faire dans le domaine de la fantasy, et c&#8217;est par passion pour ce genre que les fondateurs se sont lancés dans l&#8217;aventure.<br />
Notez qu&#8217;en ce moment se déroule l&#8217;opération 10 ans-10livres-10euros : ce sont les dix premières parutions de Bragelonne, rééditées pour la modique somme de dix euros !<br />
Ce qui fait la singularité des éditions Bragelonne, c&#8217;est aussi leur visuel. C&#8217;est à David Hogat, le directeur artistique, qu&#8217;on doit le design des couvertures. Même si le choix des illustrations manque selon moi parfois de goût, on peut reconnaître beaucoup de très belles couvertures.<br />
A ce jour, Bragelonne compte environ six cents titres pour à peu près 120 auteurs, le tout pour 10 millions d&#8217;euros de chiffre d&#8217;affaire. Ce qui en fait le 58ème éditeur français. En tout cas, c&#8217;est l&#8217;un des rares éditeurs capables de fidéliser un lectorat : d&#8217;habitude, les lecteurs achètent des livres d&#8217;un même auteur, non pas d&#8217;une même maison d&#8217;éditions.<br />
En projet : organiser la première convention de fantasy française ! Tout avait commencé à Birmingham, où se tient une grande convention anglaise. Alain Névant y a emmené Marsan, s&#8217;est assis au bar et a proposé sa tournée : et les voilà entourés de gros éditeurs et d&#8217;auteurs qu&#8217;ils adulaient. Voici la magie des conventions pour eux, qu&#8217;ils voudraient reproduire en France. Mais ils ont déjà tout de même réussi à créer une véritable communauté en France, avec un site, un forum et un club qui organise des piques-niques (vous avez le droit de rire).<br />
C&#8217;est également l&#8217;un des membres de Bragelonne, Henry Loevenbruck, qui a fondé les mercredis de la SF, et le site internet. Vous pouvez retrouver les mercredis de la SF dans pas mal de librairies spécialisées en France. Renseignez-vous pour voir si ça se passe près de chez vous !</p>
<p><strong>En Suisse, il y a des banques&#8230; mais aussi d&#8217;excellentes anthologies de science-fiction !<br />
Lucas Moreno, Anthony Wallat, Sébastien Cevey, François Rouiller, Jean-François Thomas, Sylvain Demierre, Laurence Sahner, Daniel Alhadeff, Vincent Gessler. </strong></p>
<p><a href="http://www.hiboox.fr/go/images/divers/suisses3,7428a8d45dd81bba7122cc5cdbf17be9.jpg.html" alt="Hébergé par Hiboox.fr"><img src="http://images4.hiboox.com/vignettes/2810/7428a8d45dd81bba7122cc5cdbf17be9.jpg" border="0"  ></a><br />
Lucas Moreno, Vincent Gessler, Anthony Vallat, Jean-Claude Vantroyen, Jean-François Thomas, Sébastien Cevey, François Rouiller</p>
<p>Daniel Alhadeff, Sylvain Demierre, Laurence Sahner<br />
Il se passe des choses intéressantes dans la collection « Dimension » des éditions Rivières Blanches. Il s&#8217;agit d&#8217;une collection d&#8217;anthologies de nouvelles de science-fiction par aires géographiques. En l&#8217;occurrence, c&#8217;est la Suisse qui est à l&#8217;honneur, mais il faut noter d&#8217;autres parutions : Dimension Espagne et Dimension Latino, à l&#8217;initiative de l&#8217;écrivaine, anthologiste et traductrice Sylvie Miller.<br />
En tout cas, je parie que vous n&#8217;avez jamais entendu parler de science-fiction suisse. C&#8217;est donc le moment de découvrir ce projet intéressant nourri par une petite communauté très sympathique de passionnés.<br />
Sans Jean-François Thomas, la SF en Suisse ne serait pas ce qu&#8217;elle est. Il est le fondateur de la Maison d&#8217;Ailleurs, un musée consacré à la science-fiction ! Ce n&#8217;est pas tous les jours qu&#8217;on voit ça. Il est aussi l&#8217;auteur d&#8217;une anthologie historique sur la science-fiction suisse, c&#8217;est donc l&#8217;un des acteurs de la vie science-fictive suisse. C&#8217;est le spécialiste incontesté de la SF romande, et il est présent dans cette anthologie confectionnée par Vincent Gessler, auteur du tout  nouveau roman Cygnis, et de Anthony Vallat, nouvelliste et professeur de français.<br />
En Suisse, il existe une véritable communauté autour de la science-fiction, centralisée par la Maison d&#8217;Ailleurs. Avec le groupe d&#8217;écriture auquel participent la plupart des auteurs publiés dans l&#8217;anthologie, et les réunions autour des mercredi de la science-fiction, ce sont des amis et des passionnés qui ont construit cette anthologie qui est, selon Sébastien Cevey, l&#8217;aboutissement d&#8217;un effort collectif. Ce groupe d&#8217;écriture, le CREP, a la particularité de demander à ses membres de produire un certain nombre de pages dans un temps limité. Grâce à la rigueur et à la persévérance des participants, ils sont tous aujourd&#8217;hui publiés. Comme quoi, nous l&#8217;avons toujours dit, travailler l&#8217;écriture, et qui plus est en partageant, en critiquant et en étant critiqué, cela fait énormément progresser ! Il faut aussi évoquer Utopod, pour ceux qui ne connaissent pas encore ce podcast à l&#8217;initiative de Lucas Moreno, qui diffuse des lectures de nouvelles de fantasy et de science-fiction deux fois par mois (www.utopod.com). Sylvain Demierre, qui a illustré l&#8217;anthologie, participe à l&#8217;émission en lisant les textes et s&#8217;occupe du son. Vous voyez donc bien que la Suisse romande déborde d&#8217;activités science-fictives et tout simplement créatives, ce qui mérite en soi qu&#8217;on les salue !<br />
Je n&#8217;ai pas eu l&#8217;occasion de lire ce recueil, mais j&#8217;espère pouvoir bientôt le faire, car je suis à peu  près certaine d&#8217;y trouver des nouvelles talentueuses et intéressantes.</p>
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		<title>The day the music died</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Jul 2010 16:30:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kalys</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dossier Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Hans Delrue]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Par Hans Delrue</p> <p style="text-align:justify;">— Qui ? lâcha Sam étonné. — Buddy Holly, répétai-je. — Connais pas… — Un chanteur et compositeur de rock du vingtième siècle. Sam se pencha en avant sur son siège et me fixa de ses yeux perçants : — Larry, tu abuses de la confiance du comité. — Comment cela ? fis-je, faussement étonné. Nous nous sommes mis <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=853">The day the music died</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Hans Delrue</strong></p>
<p style="text-align:justify;">— Qui ? lâcha Sam étonné.<br />
— Buddy Holly, répétai-je.<br />
— Connais pas…<br />
— Un chanteur et compositeur de rock du vingtième siècle.<br />
Sam se pencha en avant sur son siège et me fixa de ses yeux perçants :<br />
— Larry, tu abuses de la confiance du comité.<br />
— Comment cela ? fis-je, faussement étonné. Nous nous sommes mis d’accord : il devait s’agir d’un artiste, n’est-ce pas ?<br />
— Le filet temporel est censé être utilisé pour ramener une personne célèbre, pas un chanteur mineur que tu sembles le seul à connaître.<br />
— C’est une légende du rock !<br />
— Mouais…<br />
La question avait fait rage pendant plusieurs semaines au comité. Le filet temporel, à présent au point, pouvait attraper n’importe quelle créature vivante dans le passé et l’amener à notre époque. Les essais avec des animaux avaient été concluants : il nous fallait désormais tenter l’expérience avec un être humain. Mais lequel ?<br />
Lincoln, Jésus, Napoléon ou Gandhi, les candidats ne manquaient pas. Cependant, nous ne pouvions pas priver le passé d’un de ses grands hommes et perturber ainsi le cours de l’histoire. Il valait mieux procéder à la capture de l’individu quelques instants avant son décès. Cette contrainte éliminait la plupart des cibles envisagées : inutile de ramener une personne vieille et malade, qui allait fatalement mourir dans nos bras.<br />
Par ailleurs, le comité espérait tirer des revenus de l’expérience, afin de rembourser une partie des investissements colossaux qu’il avait consentis pour bâtir le filet temporel. J’avais convaincu ses membres de privilégier un peintre ou un musicien. Amené à notre époque, l’artiste serait en mesure de produire de nouvelles œuvres. Alors qu’un politicien du passé, que pouvait-il nous apporter en 2166 ? Le comité, divisé, m’avait laissé carte blanche pour le choix final – je ne devais toutefois pas les décevoir.<br />
— Pourquoi pas Mozart ou Beethoven ? demanda Sam. Là, au moins…<br />
— Nous possédons déjà toutes leurs symphonies. Seuls quelques initiés s’y intéressent de nos jours. Il n’y aura pas d’engouement, crois-moi.<br />
— Hum…<br />
— Sam, tu connais la médiocrité de la musique d’aujourd’hui ? lançai-je tout à trac.<br />
— Sans doute mais…<br />
— Et c’est comme ça depuis plus d’un siècle : une énorme bouillie, toujours la même, sans talent, sans âme.<br />
— Ce n’est pas un scoop, mais je ne vois pas à quoi tu veux en venir.<br />
— Je veux ressusciter le rock ! fis-je, enthousiaste. Je veux que les jeunes se passionnent à nouveau pour cette musique, comme il y a deux siècles !<br />
— Passe-leur des enregistrements, lâcha Sam toujours sur la défensive.<br />
— Non, il faut quelqu’un en chair et en os, qui leur insuffle cette émotion. Une personne du passé, ressuscitée par nos soins, attirera tous les regards, tous les médias.<br />
Sam marqua un moment de silence avant de reprendre :<br />
— C’est bien ce que je dis : tu abuses de la confiance des membres du comité. Tu veux en profiter pour révolutionner la musique, ce n’est certainement pas ce qu’ils avaient à l’esprit.<br />
— Si c’est une réussite, crois-tu qu’ils bouderont la manne financière ?<br />
— Tu as peut-être raison, avoua-t-il après y avoir réfléchi.<br />
Je souris, satisfait.<br />
— Mais, reprit Sam, quitte à prendre un rocker du vingtième siècle, pourquoi celui-là ? Il y en a d’autres plus célèbres. Elvis Presley, par exemple. Je me trompe ?<br />
— Non, mais il est mort en mauvais état, malade, bourré de médicaments.<br />
— Nous pourrions le soigner…<br />
— Ce n’était qu’un chanteur, ajoutai-je, avec sa carrière derrière lui, il ne pourrait rien apporter de neuf.<br />
— Tandis que ce Buddy Holly…<br />
— C’est un compositeur mort à 22 ans dans un accident d’avion. En quelques années, il a marqué de son empreinte l’histoire du rock. Que n’aurait-il réalisé s’il avait pu vivre plus longtemps ?<br />
Mon compagnon opina de la tête :<br />
— Bien, cela semble mûrement réfléchi.<br />
— Oui, Sammy, nous allons ressusciter le rock, le vrai.<br />
— J’espère que le comité partage tes goûts musicaux, sinon…</p>
<p>*</p>
<p>Je pénétrai dans la chambre sur la pointe des pieds. Les rideaux tendus devant les fenêtres ne laissaient filtrer qu’une faible lumière. Dans le lit, un homme s’agitait. L’infirmière qui le veillait se tourna vers moi :<br />
— Professeur ! Il va se réveiller !<br />
— Tout ira bien.<br />
Je m’approchai du lit et examinai son occupant. Buddy Holly. Le filet temporel l’avait arraché à l’avion où il devait périr le 3 février 1959. Le choc avait été tel que nous avions été contraints de lui administrer des sédatifs. Il me paraissait plus mince, plus fragile que sur les séquences télévisées que nous possédions encore de lui.<br />
Buddy ouvrit enfin les yeux et se redressa sur sa couche. D’un geste nerveux, il prit ses lunettes déposées sur la table de nuit, et les mit sur son nez. Sam avait suggéré d’emblée qu’il soit opéré pour corriger son défaut de vision, mais je m’y étais opposé. Personne ne portait plus de lunettes depuis un siècle ! s’était exclamé Sammy. « Justement », lui avais-je répondu.<br />
— Où suis-je ? demanda Buddy d’une voix encore faible. Un hôpital ?<br />
— Pas exactement, lui répondis-je. C’est un centre de recherches.<br />
L’homme se rappela tout à coup l’expérience qu’il venait de vivre :<br />
— Le grand vide ! Les fils de lumière !<br />
— Du calme, se précipita l’infirmière, tout va bien.<br />
— Non, s’exclama Buddy en jetant sur moi un regard hostile, c’est quoi cette histoire ?<br />
Cet imbécile de Sam l’avait accueilli par un maladroit « bienvenue en 2166 » à la sortie du filet temporel, ce qui avait complètement perturbé Buddy : l’instant d’avant, il se trouvait encore dans son petit avion pris dans la tempête. Trop tard pour tout lui expliquer en douceur ! Je me décidai à être direct :<br />
— Buddy, nous ne t’avons pas menti : tu es toujours aux États-Unis, mais en 2166.<br />
— Je suis monté dans une machine à voyager dans le temps, c’est ça ?<br />
— Plus ou moins, oui.<br />
— Foutaises !<br />
Il nous regarda tour à tour, l’infirmière et moi, puis ajouta :<br />
— Vous êtes du FBI ou quoi ? Qu’est-ce que vous voulez de moi ?<br />
— C’est un peu compliqué à expliquer, mais…<br />
Il voulut se lever, l’infirmière l’arrêta d’un geste.<br />
— Je suis prisonnier ?<br />
Je fis signe à l’aide-soignante de ne pas le retenir. Le jeune homme se leva et enfila sa chemise qui l’attendait sur une chaise.<br />
— Buddy, lui assurai-je, tu es notre invité, pas notre prisonnier.<br />
— Je veux rentrer chez moi.<br />
— Pas de problème, rétorquai-je aussitôt. Suis-moi, je vais te conduire.<br />
— Professeur, intervint l’infirmière, il vaut mieux qu’il ne sorte pas dans son état…<br />
— Il va très bien.<br />
Buddy restait immobile, surpris par mon attitude.<br />
— Alors ? lançai-je. Tu viens ?<br />
— O.K.<br />
Je sortis de la chambre et Buddy m’emboîta le pas. Tandis que nous parcourions les couloirs, je sentais le jeune homme de plus en plus nerveux. Le mobilier, les appliques lumineuses, les écrans encastrés près des portes, rien ne ressemblait à ce qu’il avait connu.<br />
— C’est quoi ici ? demanda-t-il d’un ton bourru. Une base militaire ?<br />
— Non, nous ne dépendons pas du gouvernement.<br />
Il était bien trop tôt pour lui parler du comité des investisseurs, qui venait de miser une fortune sur lui. Il me fallait d’abord le convaincre qu’il se trouvait bien en 2166. Je le menai jusqu’à l’ascenseur. Devant son air effaré, je lâchai :<br />
— Technologie du vingt-deuxième siècle.<br />
— Cela ne prouve rien, se buta-t-il.<br />
Deux minutes plus tard, nous traversions le garage. Il hésitait à avancer, pour s’arrêter devant chaque véhicule.<br />
— Qu’est-ce que cela veut dire ? lâcha-t-il en désignant les voitures autour de lui.<br />
Il mimait la colère mais je devinais qu’il était bien plus paniqué que furieux. Il devait commencer à se rendre compte qu’il avait réellement quitté son époque.<br />
— Ce sont des glisseurs, Buddy. On va faire un tour dans le mien.<br />
Je m’approchai d’un véhicule et posai la main sur la portière. Celle-ci s’ouvrit lentement et j’invitai le jeune homme à monter. Il se décida à y pénétrer malgré son appréhension. Je m’assis à côté de lui et lui lançai d’un ton joyeux :<br />
— Cela va te plaire.<br />
Je démarrai l’engin et sortis du garage. Je m’engageai aussitôt dans la circulation. Le glisseur flottait à un mètre du sol. J’en profitai pour faire quelques slaloms sur la route, cherchant à montrer ma maîtrise du véhicule.<br />
— Mon dieu, mon dieu ! répétait Buddy.<br />
Cette fois-ci, le doute n’était plus permis : les édifices titanesques de la ville, les glisseurs qui se dépassaient l’un l’autre, les lumières suspendues dans les airs, tout démontrait au jeune homme qu’il avait bien fait un énorme bond dans le futur.<br />
— Je ne peux y croire, persista-t-il, je dois rêver. Ou je suis mort.<br />
— Si nous n’étions pas intervenus, lui expliquai-je, tu serais mort dans le crash de l’avion.<br />
— Quoi ?<br />
— Nous t’avons sauvé la vie.<br />
Il resta interloqué, puis finit par demander :<br />
— En quelle année sommes-nous, disais-tu ?<br />
— 2166.<br />
— Je vais me réveiller, insista-t-il d’un ton pourtant guère convaincu.<br />
Nous restâmes silencieux un long moment tandis que nous parcourions les rues de la ville. Je voulais lui laisser le temps d’accepter la réalité. Finalement, il eut un petit sourire :<br />
— C’est dingue…<br />
Je lui rendis son sourire. J’étais de mon côté plutôt joyeux : je traversai la ville en compagnie de Buddy Holly, la légende du rock’n’roll. Peu m’importait que la plupart de mes contemporains ignorassent son nom. Ils allaient bientôt le découvrir à nouveau.<br />
— On peut aller plus vite ? demanda Buddy.<br />
— C’est interdit par la loi, mais…<br />
Je me cramponnai aux commandes du glisseur et le forçai à monter de quelques mètres encore. J’accélérai aussitôt. Nous survolions à présent à pleine vitesse les autres véhicules. Buddy poussa un cri de joie, impressionné par la manœuvre. Si la police nous attrapait, j’allais devoir acquitter une sérieuse amende. Bah ! Le comité paierait !<br />
— Et ma femme ? demanda tout à coup Buddy d’un ton plus sérieux.<br />
— Elle est restée en 1959…<br />
Une ombre passa sur son visage. Je me décidai à ralentir : la magie s’était dissipée, il faudrait un certain temps avant de retrouver avec Buddy pareille communion.<br />
— Nous allons rentrer, fis-je.<br />
Il hocha la tête. Je me doutai qu’il pensait à présent à son épouse, ses amis, perdus à jamais au vingtième siècle. Il comprenait certainement qu’il ne pourrait pas y retourner.<br />
Une heure après, nous avions regagné sa chambre. Il se laissa tomber sur le lit, épuisé.<br />
— Y a-t-il autre chose que je dois savoir ? demanda-t-il.<br />
— Oui.<br />
Je m’approchai de la paroi du fond et activai l’écran mural. Des images défilèrent aussitôt.<br />
— Qu’est-ce que c’est ? interrogea Buddy.<br />
— Oh, fis-je en souriant, juste une télévision. En un peu plus grand, peut-être…<br />
— Un peu ? C’est gigantesque !<br />
À l’écran, une journaliste récitait son texte :<br />
— L’Union panafricaine s’estime lésée dans la gestion des bases martiennes et réclame la réunion du Conseil de sécurité. Le secrétaire général de l’ONU a affirmé que l’exploitation des planètes du système solaire se devait d’être…<br />
— Vous avez des bases sur d’autres planètes ? interrogea Buddy.<br />
— Oui, il y a des installations sur la Lune et sur Mars, ainsi que des satellites habités autour de la Terre. Mais ce n’est pas le plus important.<br />
Je touchai d’un doigt la télécommande pour basculer sur la chaîne musicale. Aussitôt un son strident, des tonalités répétitives et sans charme emplirent la chambre.<br />
— Qu’est-ce ? demanda le jeune homme en regardant le clip, étonné.<br />
— Ça, Buddy, c’est la musique d’aujourd’hui.<br />
Il écouta tétanisé, n’osant dire ce qu’il en pensait.<br />
— C’est atroce, n’est-ce pas ? fis-je.<br />
— Je peine à trouver la mélodie. On dirait qu’il n’y a aucune émotion…<br />
— Effectivement : la plupart des morceaux sont de la bouillie sonore générée par des machines.<br />
Buddy reprit après un moment de réflexion :<br />
— Je commence à comprendre. Vous ne m’avez pas choisi par hasard.<br />
— Non, Buddy, rétorquai-je avec fièvre, tu vas faire redécouvrir le rock’n’roll à la jeunesse endormie.</p>
<p>*</p>
<p>Dans les trois semaines qui suivirent, nous apprîmes à Buddy Holly ce qu’il devait savoir pour vivre à notre époque et, surtout, nous lui permîmes de répéter. Tout cela dans le plus grand secret.<br />
Ce fut assez amusant de le voir découvrir la guitare électrique que nous avions dénichée pour lui, un modèle antique de 2051, mais qui se révélait déjà un instrument futuriste à ses yeux, peu à son goût. Mais il n’eut guère de difficulté à la maîtriser.<br />
Le comité avait sélectionné des musiciens pour l’accompagner. Le salaire que nous leur payions devait garantir leur discrétion. Il fallait préserver l’effet de surprise : nous voulions annoncer la nouvelle au monde lorsque Buddy serait prêt à se produire à nouveau.<br />
C’était avec une émotion toute particulière que je l’entendais chanter That’ll be the day ou Peggy Sue. Ces numéros, je les connaissais pour les avoir entendus de nombreuses fois sur de vieux enregistrements. Mais rien n’égalait l’énergie, la passion qui se dégageaient quand il les chantait en face de moi. Il était… comment dire… vrai. Oui c’était bien le mot : vrai. Face aux médiocrités qui se bousculaient sur les ondes, Buddy était un géant.<br />
J’avais abandonné l’idée de lui faire composer un nouveau numéro en si peu de temps : l’artiste enflammerait son public dès les premières notes, j’en étais convaincu.<br />
Lorsque tout fut prêt, le comité choisit, pour la première grande représentation de notre protégé, une salle de concert au cœur d’un satellite de plaisir, en orbite autour de la Terre.<br />
— Je vais chanter dans l’espace ? me demanda Buddy plutôt nerveux.<br />
— Oui, nous prenons la navette tout à l’heure, lui expliquai-je. Le spectacle sera diffusé dans le monde entier.<br />
Nous étions occupés à nos derniers préparatifs lorsque Sam vint me trouver :<br />
— Larry, le comité veut te voir.<br />
— Quoi ? Maintenant ?<br />
— Oui, avant le spectacle. Il y a des éléments financiers à revoir…<br />
— Ce n’est pas possible, je prends la navette dans moins d’une heure.<br />
— Tu prendras la suivante.<br />
— Merde, fis-je, je ne peux pas laisser Buddy partir seul.<br />
— Bah ! Il y a les autres musiciens, non ?<br />
— Ça ira, intervint Buddy d’un ton joyeux.<br />
Il se révélait impatient de rejouer devant un public.<br />
— D’accord, acquiesçai-je.</p>
<p>*</p>
<p>La réunion avec le comité avait duré plus d’une heure. Nous avions examiné les derniers détails des contrats avec les médias. Le comité ne se préoccupait guère de l’avenir de la musique : il voulait surtout rentabiliser son investissement.<br />
En sortant du bâtiment, je reçus un appel de Sam :<br />
— Mon dieu, Larry ! lâcha-t-il. J’arrive enfin à te joindre ! Larry, je…<br />
— Que se passe-t-il ? demandai-je inquiet.<br />
— La navette ! Elle s’est écrasée.<br />
Je fus aussitôt tétanisé par la nouvelle. Je voulus répondre mais ne parvenais pas à remuer les lèvres.<br />
— Putain ! jura Sam. Ce n’était pas arrivé depuis vingt ans au moins ! Une navette orbitale qui s’écrase ! Et justement celle-là !<br />
— Et Buddy ? finis-je par articuler.<br />
— Je suis désolé, répondit Sam, je sais à quel point il comptait pour toi… mais il est mort.<br />
Comment une telle chose avait-elle pu se produire ! Je rageai, bouillonnai en mon for intérieur ! J’allais traîner la compagnie orbitale en justice ! J’allais leur faire payer cette perte !<br />
Mais tout cela n’allait pas ramener Buddy.<br />
— On pourrait recommencer, m’emportai-je tout à coup, le capturer avec le filet temporel juste avant qu’il ne monte dans la navette.<br />
— Je ne crois pas, fit Sam, le comité va sans doute s’y opposer.<br />
— Pourquoi ?<br />
— Cela coûte bien trop cher, surtout si on ne peut pas changer le destin, laissa-t-il tomber, laconique.<br />
Sam avait sans doute raison. Buddy Holly aurait dû mourir dans le crash de son avion. Il venait de décéder dans celui de la navette. Peut-être était-ce écrit ? N’avions-nous pas cherché à jouer avec des forces qui nous dépassaient ?<br />
Je levai les yeux au ciel. Cette fois-ci, la musique était bien morte.</p>
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		<title>Récital pour les hautes sphères</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Jul 2010 16:23:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kalys</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dossier Musique]]></category>
		<category><![CDATA[lionel davoust]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Par Lionel Davoust</p> <p style="text-align:justify;">C’est lorsqu’il se crève les tympans que Barnabé Colmy entend pour la première fois la musique des sphères.</p> <p>Dans un premier temps, il est déçu. Ce n’est pas ce qu’il espérait. </p> <p>Depuis sa prime jeunesse, Barnabé Colmy vit un enfer. Verlaine ne se doutait pas de combien il est <span style="color:#777"> . . . &#8594; Read More: <a href="http://www.itineraire-bis.org/?p=849">Récital pour les hautes sphères</a></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Lionel Davoust</strong></p>
<p style="text-align:justify;">C’est lorsqu’il se crève les tympans que Barnabé Colmy entend pour la première fois la musique des sphères.</p>
<p>Dans un premier temps, il est déçu. Ce n’est pas ce qu’il espérait. </p>
<p>Depuis sa prime jeunesse, Barnabé Colmy vit un enfer. Verlaine ne se doutait pas de combien il est fatiguant d’entendre en permanence « de la musique avant toute chose », surtout lorsque l’on réside en banlieue parisienne et que tout bruit, que tout son devient une musique à part entière.</p>
<p>C’est d’ailleurs un tour de force que Barnabé Colmy ait tenu quarante ans avant de se décider à commettre un geste qui semblerait relever de la démence, mais qui en réalité, n’est qu’une question de survie.</p>
<p>Pour Barnabé, le bruissement des arbres libère toujours une richesse insoutenable d’harmoniques individuelles, à mesure que chaque feuille se frotte à ses voisines, ou s’enroule autour des vrilles des courants d’air. Pour Barnabé, la pétarade d’un scooter descendant la rue a toujours l’énergie d’un solo de guitare hard rock. Pour Barnabé, la sonnerie du téléphone tranche toujours la sérénité silencieuse du bureau comme un couteau sublime, s’enlace comme une violente maîtresse aux grattements des stylos sur les blocs-notes, aux crissements des fauteuils, aux cliquetis hésitants des claviers d’ordinateurs.</p>
<p>Bref, Barnabé n’en peut plus.</p>
<p>Cette immersion continuelle dans cet univers musical a tué la moindre de ses impulsions créatrices et asséché l’ensemble de ses ambitions. Elle l’a confiné à un modeste pavillon de banlieue aux murs en béton beige, à des amitiés sans lendemain, à des amours passagères, et à un emploi de bureau anonyme dévolu à la morne saisie des écritures comptables relatives à l’achat du petit matériel d’une firme d’import-export de calamars.</p>
<p>Barnabé n’a en effet jamais ressenti l’envie de construire quoi que ce soit dans sa vie, qu’il s’agisse de relations, de carrière ou d’œuvres d’art.</p>
<p>Car quand toute la musique du monde vous agresse sans arrêt, vous ne ressentez pas le besoin de composer quelque chose de différent. On vous force déjà à tout entendre. Tout, sans exception. </p>
<p>C’est pourquoi Barnabé Colmy décide de se crever les oreilles, les tympans, la cochlée et tout le reste, dans le but d’accéder enfin à la tranquillité. Il est debout dans son salon. À mesure qu’il enfonce le tournevis cruciforme soigneusement désinfecté dans son conduit auditif gauche anesthésié par une dose massive de mépivacaïne, une foule de questions se bouscule dans son esprit avec une excitation euphorique : quelle est la nature du silence ? Est-il en réalité une musique différente ? Si c’est le cas, sera-t-il capable de la percevoir, après être dépourvu d’organes sensoriels ?</p>
<p>Barnabé retire le tournevis ensanglanté de son oreille gauche, le rince soigneusement, applique une autre dose de désinfectant sur la tige et l’enfonce consciencieusement dans son oreille droite.</p>
<p>La dernière chose qu’il voit avant de tourner de l’œil, ce sont ses quelques livres de référence sur le langage des signes et la lecture sur les lèvres, étalés en désordre sur le canapé défraîchi. </p>
<p>Comme le bruissement de la soie sur une épaule nue…</p>
<p>Comme une rosée d’étoiles tintant doucement en tombant sur la Terre…</p>
<p>Comme un souffle sensuel, susurré par des lèvres douces…</p>
<p>Comme la chaleur protectrice de bras aimants…</p>
<p>Une note infinie, exquise et riche, vibrant d’énergie tranquille…</p>
<p>Une douleur à hurler, ce que Barnabé s’empresse de faire à son réveil.</p>
<p>Évidemment, il ne s’entend pas. </p>
<p>Barnabé reste une semaine à l’hôpital, le temps de traiter les dégâts irréversibles causés par le tournevis, et surtout, de s’assurer de sa stabilité psychologique. De tels actes d’automutilation sont plutôt rares. Mais Barnabé n’a pas de famille pour le prendre en charge, et connaît déjà sur le bout des doigts les modes de communication des sourds ; aussi décide-t-on de le laisser partir afin d’éviter de grever davantage le budget national de la Santé.</p>
<p>Barnabé est souriant mais soucieux. L’étrange musique ne l’a pas quitté depuis son réveil ; elle se déroule dans son esprit en lentes ondulations tendues, et pourtant paresseuses. Les longs accords éthérés évoluent constamment, sans que Barnabé ne puisse isoler les voix qui les composent. Les tintements aériens, les chuintements spectraux, les appels chromatiques s’entremêlent indistinctement dans ce paysage sonore inédit. Car Barnabé connaît toute la musique du monde, et rien de ce qu’il entend maintenant n’a pris naissance sur Terre.</p>
<p>La déception se mue bientôt en curiosité amusée. </p>
<p>La curiosité amusée se mue bientôt en obsession.</p>
<p>Le supérieur de Barnabé, un échalas tout sec, le surprend régulièrement à rêvasser devant son ordinateur au lieu de compiler le nombre de rubans encreurs et de caisses de bois achetés ce mois-ci pour la filiale de Dunkerque. Car Barnabé essaye de déchiffrer le sens caché de ce Ré très présent aux ondulations rapides, tente de comprendre pourquoi ce La éloigné qui s’étire en longueur a un volume si faible alors que l’énergie du son paraît si puissante, désire analyser ce Do maladif quasiment dissimulé par un Si bémol amical…</p>
<p>Un jour, Barnabé Colmy comprend qu’il écoute en fait la musique des sphères. Il remet sa démission au service comptable. Une étincelle créatrice a enfin fait irruption dans sa vie. Il liquide tous ses placements. Il loue les services d’un ingénieur du son pour se faire installer un studio de musique électronique dans son garage. Il a besoin de communiquer cette musique transcendante, nouvelle et pourtant immortelle au monde entier. Comme Beethoven.</p>
<p>Échalas Tout Sec le voit partir avec soulagement.</p>
<p>« J’ai écouté ce que vous m’avez envoyé. »</p>
<p>Intimidé, Barnabé est perché au bord du haut fauteuil en cuir. Il a peur de s’y faire engloutir. Sylvestre Sackebandt, de l’autre côté du bureau sombre en bois précieux, n’a pas cette crainte : sa silhouette nerveuse de trentenaire – sur laquelle commencent cependant à se déposer les conséquences rebondies de riches repas d’affaires – est confortablement vautrée au fond de son propre fauteuil. Il plane une odeur de tabac froid dans la pièce.</p>
<p>Sylvestre porte un costume Armani dernier cri.</p>
<p>« C’est pas mal. »</p>
<p>Barnabé hoche la tête, intimidé.</p>
<p>« Pour une maquette », continue Sylvestre.</p>
<p>Barnabé reste interdit. Il connaît mal le milieu professionnel de la musique, mais le CD qu’il a envoyé à Worldview Records était aussi abouti qu’il pouvait l’être. Barnabé a en effet passé six longs mois enfermé dans son garage à programmer les synthétiseurs, les racks d’effets, à finaliser les balances pour que le résultat soit le plus proche, non, soit identique en tous points à la musique des sphères qu’il entend en continu dans sa tête. Il connaît la musique du monde entier ; les vibrations des ondes sonores, ainsi que sa connaissance innée des tons et de l’harmonie, ont guidé ses mains. Il a même contrôlé le résultat au cours de sensuelles étreintes avec les baffles, en percevant les vibrations avec son corps, avec ses mains – le seul mode de perception des vibrations sonores qui lui reste – pour parachever son œuvre, son enregistrement sur soixante-quatorze minutes de la musique des sphères.</p>
<p>Barnabé ne comprend pas pourquoi Sylvestre Sackebandt n’a pas, lui aussi, été conquis par la merveille de sensibilité que constituent ces harmonies célestes.</p>
<p>Sylvestre Sackebandt doit faire erreur.</p>
<p>« Mais… » commence Barnabé.</p>
<p>Le directeur lui coupe la parole d’un geste péremptoire.</p>
<p>« Les artistes ont fondamentalement cette réaction de protection vis-à-vis de leur œuvre. Mais dois-je vous rappeler que vous l’avez composée… dans votre garage ? N’ayez crainte ! Ici, à Worldview Records, nous sommes avant tout des professionnels de la musique, et notre stratégie d’entreprise vise à toucher notre cœur de cible afin de générer un cash-flow ininterrompu de manière à maximiser nos parts de marché sur les produits culturels d’envergure. Nous connaissons notre métier, monsieur Calmo.</p>
<p>— Euh… Moi, c’est Colmy.</p>
<p>— Si vous voulez. On verra les noms de scène plus tard. En tant qu’artiste, vous n’avez pas de plan média ni de stratégie commerciale, et c’est normal ! Votre travail est celui d’un créateur. Le nôtre est d’établir un master qui plaise aux radios afin de bénéficier du maximum d’airplay, d’acheter l’espace publicitaire optimal pour nous faire grimper dans les charts, et de vous obtenir des passages télé et des articles presse pour générer le maximum de buzz autour de votre nom. Comment vous projetiez d’appeler l’album, déjà ?</p>
<p>— Euh… Musique des Sphères. »</p>
<p>Pensif, Sylvestre grignote un crayon en bois avec ses incisives, à la manière d’un hamster. Il le repose en hochant la tête.</p>
<p>« Ça peut le faire. Bon, cela dit, va falloir nous réduire la durée des morceaux. Sept titres sur soixante-quatorze minutes, c’est trop long. On peut éventuellement faire un radio edit sur les titres les plus accrocheurs, mais tous tes morceaux – on se tutoie, hein, Barn ? – font dans les six ou sept minutes, et ça, je peux te dire que c’est du suicide commercial. Tu dois en ramener la majorité à quatre, cinq minutes max ; à ce moment-là, tu peux en développer deux ou trois autres sur quinze ou vingt minutes. Sur ceux-là, tu fais ce que tu veux, c’est l’espace création de l’artiste, les morceaux que les gens mettent en fond sonore lorsqu’ils reçoivent du monde à la maison, mais que personne n’écoute vraiment. »</p>
<p>Barnabé est indécis, mais il a besoin d’argent. Ses économies lui ont permis d’acquérir son studio et l’ont nourri six mois ; maintenant, il faut qu’il travaille.</p>
<p>« Bon, tu me réorganises tout ça et on se revoit dans quinze jours. Faut que je te laisse, j’ai un rendez-vous téléphonique. »</p>
<p>« Allô Sylvestre ? C’est Jean-Claude.</p>
<p>— Bonjour, monsieur Azuray. Comment allez-vous ?</p>
<p>— Ça va, Sylvestre. Et toi, la forme ?</p>
<p>— Très bien, monsieur Azuray, merci. Le club de gym que vous m’avez indiqué est vraiment très agréable.</p>
<p>— Ça le fait, hein ? Mais on t’y voit pas souvent, pourtant.</p>
<p>— C’est que, monsieur, le club ferme à 23 h, et à cette heure, je suis encore…</p>
<p>— T’inquiète, Sylvestre, je sais les horaires de dingue que tu fais. Les actionnaires sont très contents que tu atteignes les 8% de croissance mensuels obligatoires. Tu es le premier depuis six ans à tenir les objectifs plus de trois mois, et donc à rester en poste aussi longtemps. Félicitations ! Comme quoi, on aurait dû se mettre plus tôt à embaucher d’anciens chefs de rayon produits laitiers.</p>
<p>— Merci, monsieur Azuray.</p>
<p>— Mais de rien. Dis-donc, j’ai rencontré un jeune arrangeur / compositeur / auteur / interprète complètement génial. Tu connais Charim Zayed ?</p>
<p>— Euh… non.</p>
<p>— M’étonne pas. Laisse-moi te dire que c’est un amour. Beau comme un dieu, autodidacte, vingt ans à peine, il était DJ dans une soirée privée donnée sur un yacht par HHH Prod. Il sait tout faire, il est dans l’électro, tu vois ? Il est hyper talentueux. Sois mignon, trouve-lui de quoi bosser. Il connaît le métier, il a été formé par Laurent Saint-Laurent sur Émilie Jolie 2010, tu sais, la nouvelle version ?</p>
<p>— Euh… oui. Monsieur, excusez-moi de vous demander cela, mais&#8230; ça n’a pas marché du tout, il me semble… ?</p>
<p>— C’est bien pour ça qu’il faut que tu lui trouves du boulot, tiens. Je compte sur toi, Sylvestre. »</p>
<p>« Barn, j’ai écouté ta nouvelle version. »</p>
<p>Barnabé a un nœud à l’estomac. Il se sent mal à l’aise dans le bureau lambrissé à l’odeur de tabac froid. Raccourcir Soleil était impossible. Comment résumer la puissance tonitruante et majestueuse de l’immense étoile ? Saturne et Jupiter ne pouvaient être réduits non plus ; le premier en raison des subtiles variations sonores évoluant sur toute la durée du morceau, représentant les anneaux ; le second à cause du pôle attracteur constitué par la tache de la planète, ce qui se traduit musicalement par une harmonique dans les médiums agissant comme un point d’attraction et de répulsion continuel pour les notes isolées.</p>
<p>La mort dans l’âme, il a donc tenté de tirer la moelle de Mercure, Vénus, Lune, Mars et Voûte céleste, au prix d’éliminations déchirantes sur la construction des paysages sonores.</p>
<p>« C’est pas mal, juge Sylvestre. La qualité est toujours celle d’une maquette faite dans un garage, mais on sent que tu as déjà progressé sur le calibrage. C’est plus construit, mieux équilibré. Ça fait plus “vrai”, tu vois ? Un disque, ça s’équilibre. Là, tu es équilibré. »</p>
<p>Barnabé trouvait la musique des sphères équilibrée telle qu’elle l’était, mais Sylvestre Sackebandt doit savoir ce qu’il fait – n’est-il pas directeur ? – aussi hoche-t-il la tête à contrecœur.</p>
<p>Barnabé se demande quand même toujours pourquoi la sensibilité de Sylvestre n’a pas été charmée par la musique des sphères à l’état pur.</p>
<p>« Maintenant, tu as une musique sympa, continue Sylvestre. Tu es résolument dans l’électro, et je pense qu’après les arrangements, on sera électro-pop. C’est très bien, c’est ce qu’il nous faut viser ; c’est ce qui marche le mieux en ce moment. J’ai vu le marketing : on se positionne en cœur de cible 12-25 ans, et avec une ristourne aux grandes surfaces, le produit fini devrait pouvoir obtenir sans mal un positionnement en tête de gondole. Mais comme je te disais, il nous faut un single, un produit d’appel qui nous donne de l’airplay, pour vendre du deux-titres en plus de l’album. Tu as des faces B ? »</p>
<p>Barnabé fronce les sourcils en signe d’incompréhension.</p>
<p>« Des travaux de jeunesse, quoi, des trucs pas terribles que t’as pas mis sur ta maquette ? Qu’on mettrait que sur les deux-titres, pour inciter à l’achat ? »</p>
<p>Barnabé fait non de la tête. Sylvestre mordille son crayon.</p>
<p>« C’est pas grave. On n’aura qu’à mettre un morceau long, tiens, Soleil, par exemple. Les gens verront… combien il fait déjà ? 15’24” ? Super, il se diront que c’est de l’expérimental, ils écouteront pas mais ils vont acheter quand même. »</p>
<p>Barnabé a peur de trop réfléchir aux implications de cette dernière phrase, aussi ne répond-il rien.</p>
<p>« Bon, Barn, j’ai une super nouvelle. Tu connais Charim Zayed ? »</p>
<p>Barnabé fait signe que non.</p>
<p>« Quoi ? Tu connais pas Charim Zayed ? Quand même, Barn ! C’est l’arrangeur d’Émilie Jolie 2010 ! »</p>
<p>Barnabé reste interdit. Sylvestre soupire.</p>
<p>« Eh bien. Je peux te dire que j’ai eu un mal fou à l’obtenir, Barn. Il a un agenda hyper chargé, il tourne à travers le monde, mais j’ai réussi à le choper, et je lui ai fait écouter ta maquette. Écoute ça : il est overbooké, un boulot de dingue, mais il aime ce que tu fais : il est d’accord pour faire tous les arrangements de ton album, le mastering et tout. Tu n’auras à t’occuper de rien. C’est super, hein ? »</p>
<p>Barnabé ouvre la bouche pour demander à rencontrer ce nouvel ami, mais Sylvestre continue à parler :</p>
<p>« Bon, il faut qu’on discute de la chanteuse, maintenant. »</p>
<p>Adriana est d’origine italienne. Barnabé ne sait pas quel est son nom de famille, ou même si elle en a un : elle s’est présentée à Barnabé comme « Adriana » tout court, et c’est ainsi que tout le monde l’appelle. Adriana est très grande, a de longues jambes, une poitrine imposante, une taille particulièrement étroite, de longs cheveux noirs et des yeux en amande d’un vert peu naturel. Les rides aux coins de sa bouche et sur son front attestent cependant de sa quarantaine.</p>
<p>« Adriana va bosser au forfait pour chanter Lune, Vénus et Mars, qui sont les titres de morceaux les plus évocateurs pour notre cœur de cible. En 1991, elle a chanté pour quatorze groupes, tu sais, à l’époque de l’essor de la dance italienne. Elle va enregistrer les chansons en une journée et part ensuite deux jours en Nouvelle-Zélande pour danser sur les clips. »</p>
<p>Barnabé se tourne vers la brune sculpturale.</p>
<p>« You… happy… to… sing ? demande-t-il timidement.</p>
<p>— Laisse tomber, Barnie, coupe Sylvestre. Son accent anglais est passable pour chanter auprès des français, mais elle y pige que dalle. »</p>
<p>Voix Off – Hey, écoute ça !</p>
<p>Adriana est méconnaissable : vêtue d’un bikini, les cheveux volant en tous sens, la peau cuivrée, elle est maquillée de gris et de noir. En fait, on dirait qu’elle vient de se prendre un seau d’eau sur la tête après avoir vidé tout son rimmel sur ses faux cils. Elle sautille dans un décor lunaire. On lui donne 19 ans.</p>
<p>Adriana – I vil fly to the moon viz you</p>
<p>Don’t you leave me to the shadoz</p>
<p>Hear my voice iz calling you</p>
<p>Vi vill be togezer</p>
<p>Take my hand… and I vill fly viz youuuu…</p>
<p>Voix Off – C’est trop d’la balle ! C’est Moon, de Barnie Kolmy ! Extrait de son dernier album, Spheres, enfin disponible ! Avec aussi son nouveau tube, Mars !</p>
<p>Fondu enchaîné, la caméra zoome sur un ralenti du postérieur rebondi d’Adriana.</p>
<p>Adriana – Mars I hold you in my arms</p>
<p>Ve vill stay for all ze night</p>
<p>Mars I hold you in my arms</p>
<p>Let me see ze staaars…</p>
<p>Voix Off – Spheres de Barnie Kolmy, featuring Adriana ! C’est trop d’la booombe ! Spheres de Barnie Kolmy, avec ses tubes Moon et Mars ? Enfin dans les bacs ! Un album Worldview Records ! </p>
<p>« OK, Barnie. Spheres a pas trop mal marché, compte tenu du retour en force de l’Ancienne Nouvelle Scène Française. »</p>
<p>Sylvestre Sackebandt ne fumait pas, contrairement à son prédécesseur – et à son successeur, Hervé Strapacalcetti, qui occupe à présent le grand fauteuil en cuir derrière le bureau en bois précieux. Hervé est encore plus jeune que Sylvestre. Il ne doit pas avoir plus de 25 ans.</p>
<p>Hervé porte un costume Hugo Boss dernier cri.</p>
<p>« Cigarette ? » propose Hervé.</p>
<p>Barnabé décline.</p>
<p>« Sylvestre est parti ? demande-t-il.</p>
<p>— Ouaip. Les actionnaires lui ont retiré leur confiance. Sylvestre avait une bonne vision d’ensemble, mais ce qui est nécessaire, dans l’industrie musicale actuelle, tu vois, c’est de penser aux retours sur investissements à court terme, de manière à ne pas générer de dépenses qui pourraient déséquilibrer la santé financière de la compagnie. Mais je t’emmerde pas avec ça, Barnie. C’est mon job, tu vois ? Quand j’étais directeur du département microcontrôleurs de ZT Electronics, on fonctionnait en flux tendu, alors tu vois bien que je maîtrise la situation. »</p>
<p>Barnabé est impressionné. Ou du moins essaie-t-il de s’en convaincre.</p>
<p>« Barnie, faut qu’on gère ta carrière. Avant toute chose, personne ne connaît ton véritable prénom, et c’est très bien comme ça : ton nom, c’est Barnie, Barnie, OK ? Tu as fait une gaffe l’autre jour au journal télé de Tihèfouane, à dire que tu t’appelais Barnabé, ou un nom stupide dans le même genre. Ne me refais jamais ça : c’est anti-commercial au possible, pigé ? Heureusement qu’ils ont coupé au montage. Rentre-toi dans le crâne que pour le public, tu es BAR-NIE et rien d’autre. Vu ? »</p>
<p>Barnie voit.</p>
<p>« OK. La période d’exploitation de Spheres est entrée dans la période descendante. Tu as fait du chiffre, mais pas assez. Faut qu’on relance ton image par un second album, un second plan media, afin d’établir une synergie commerciale sur Spheres et la suite, afin de rentabiliser nos premiers investissements. Fais-moi une seconde maquette, ensuite, on voit. »</p>
<p>Barnabé essaie de saisir l’occasion : peut-être Hervé Strapacalcetti sera-t-il plus à même de saisir le projet original constitué par Musique des Sphères ?</p>
<p>« Euh… Vous ne voudriez pas voir la première maquette de Spheres ? Il y a des choses que j’aurais…</p>
<p>— Pour quoi faire ? Je l’ai vaguement entendue, mais il nous faut absolument du nouveau, pas du réchauffé. Mets-toi au boulot, et moi je vais essayer de vendre un de tes vieux titres pour servir de BO à une pub quelconque, afin qu’on t’oublie pas. »</p>
<p>Barnabé est ennuyé. Découragé, aussi. La musique des sphères à son état pur n’a ému la sensibilité artistique ni de Sylvestre Sackebandt, ni d’Hervé Strapacalcetti.</p>
<p>Pendant plusieurs mois, il écoute la musique des sphères. Il a mis tout ce qu’il avait en lui pour son premier projet ; comment pourrait-il trouver la matière d’un second album ? La musique des sphères se suffit à elle-même.</p>
<p>Mais il vit avec cette musique céleste depuis suffisamment longtemps pour y détecter de subtiles variations, des notes ténues qui se surimposent à l’ensemble sans s’y fondre totalement. Alors Barnabé suit cette piste, s’y accroche, et trouve. Ses doigts volent sur les potentiomètres et les claviers, fortes de l’expérience acquise sur Musique des Sphères. La paume de ses mains écoute le résultat en caressant les membranes des haut-parleurs.</p>
<p>Trois mois plus tard, il envoie Musique des Satellites Naturels, des Astéroïdes et des Corps Stellaires de Petite Taille à Hervé Strapacalcetti. </p>
<p>Mais à son rendez-vous suivant, il est accueilli par Gilbert Vadepied, le successeur d’Hervé Strapacalcetti. De toute évidence, la confiance des actionnaires a également été retirée à l’ancien directeur du département microcontrôleurs de ZT Electronics.</p>
<p>Barnabé et lui ne sont pas seuls dans le bureau à l’odeur de tabac froid. Deux jeunes gens en survêtement, avec des bonnets de laine, sont affalés sur deux fauteuils de cuir que l’on a rajouté à leur intention.</p>
<p>Gilbert porte un costume Versace dernier cri.</p>
<p> « Salut, Barnie, dit Gilbert. J’ai écouté ton dernier, et pour gagner du temps le long de la filière de production musicale, j’ai directement transmis la maquette à DJ Maglite et DJ Watergate, que je te présente.</p>
<p>— Yo, fait l’un.</p>
<p>— Yo, fait l’autre.</p>
<p>— Euh… salut, fait Barnabé.</p>
<p>— En une nuit, ils ont tout remixé, continue Gilbert. Tu vas voir, c’est génial. C’est très novateur, et en même temps complètement dans l’esprit néo-rage-drum’n’bass. Tu vas adorer. »</p>
<p>Barnabé va s’agenouiller devant la chaîne hi-fi, et place ses mains sur les baffles pour percevoir sa musique.</p>
<p>Et d’un auguste geste de la télécommande, Gilbert lance le désastre.</p>
<p>Barnabé ne reconnaît rien. Toutes les textures sonores ont disparu. À la place, des percussions industrielles agressives martèlent la paume de ses mains. Les DJ hochent la tête comme des automates. Une vague de chagrin, d’incompréhension finit par submerger Barnabé. Il ne reste rien de la musique des sphères.</p>
<p>Très raide, il se relève. Il sort du bureau, non sans un dernier :</p>
<p>« Je vous abandonne tous mes droits. Faites-en ce que vous voulez. »</p>
<p>Barnabé retourne à l’anonymat de son vrai nom.</p>
<p>&nbsp;<br />
<br />&nbsp;</p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><span style="font-weight:bold;"> Internet Explorer 7 – http://www.ibaudet.com/forum – iBaudet, l’ultime logiciel de téléchargement de musique et de vidéos ! – Forum</span></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>Jonas – 2 juillet, 00:47</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Les gars, vous vous rappelez de Barnie Kolmy, le type qui faisait de l’électro sympa mais sans plus ? J’ai trouvé en peer-to-peer sur le réseau iBaudet un bootleg de son premier album, Spheres, mais là ça s’appelle Musique des Sphères. Paraît que c’est la première version voulue par Barnie Colmy, sans le chant ni rien, et que c’est lui qui l’a mis en ligne.</p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Vous pouvez le télécharger là. </p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>Barnabé – 2 juillet, 03:15</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Ah, dis, tu l’as écouté ? Dis, qu’est-ce que t’en as pensé ?   </p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>LovelySlut – 3 juillet, 15:01</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">g downloadé mais g pas écouté encore :-) </p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>Mystical Indian – 4 juillet, 09:26</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Moi aussi je l’ai téléchargé et je l’ai gravé, pas encore écouté </p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>Jonas – 4 juillet, 10:51</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Pareil, je l’ai gravé mais pas écouté ;-) </p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>LovelySlut – 5 juillet, 12:45</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Tu métonne on a déjà tellemen de trucs téléchargés c pas évident de tout écouter moi en fait je downloade bokou mais j’écoute pa ! lol </p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>Mystical Indian – 5 juillet, 15:16</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Je suis dans le même cas </p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>Barnabé – 12 juillet, 20:50</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Me dites pas que tout le monde grave sans écouter ce qu’il télécharge ?</p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Y A QUELQU’UN QUI A ÉCOUTÉ CET ALBUM ? Ca m’intéresserait d’avoir des avis… pour savoir si ça vaut le coup que je le télécharge, mettons, par exemple !</p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><u>LovelySlut – 13 juillet, 23:58</u></p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Cri pa on est pas sourds</p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Non on a pa écouté encore mais on te dira quand on l’aura fait !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;"><em>INFO SYSTÈME : Pas de réponse sur ce forum depuis 45 jours.</p>
<p style="font-family: monospace; font-size: 10pt;">Répondre ?</em></p>
<p>&nbsp;<br />&nbsp;</p>
<p><em>Première publication : in Univers et Chimères n°1, http://univers.chimeres.org, 2004.</em></p>
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