Mots et Légendes : Malédiction

Ce numéro plutôt conséquent (114 pages en pdf), j’avais initialement prévu de le lire en plusieurs fois. J’avais lu la première et la deuxième nouvelle, et parcouru le reste. Et puis cette après-midi, je m’y suis plongée et y suis restée collée quelques heures. Car il faut le dire, ce numéro est envoûtant. Le thème de la malédiction y est abordé de diverses manières, offrant à l’ensemble du numéro une diversité de tons, de styles et d’univers. Cette impression se voit renforcée par les illustrations, en parfaite complémentarité en terme de thématique et d’ambiance avec les nouvelles auxquelles elles sont rattachées. Là encore, diverses pattes se remarquent et s’apprécient, enrichissant le webzine de couleurs et de touches d’imaginaires comme autant d’échos suscités par les textes. Que la malédiction soit abstraite ou incarnée dans un objet, qu’elle soit liée à une faute ou à une injustice, ou bien tout simplement au destin ou à la divinité, vécue collectivement ou de façon solitaire, les auteurs nous baladent de fantasy en épouvante, de science-fiction en fantastique.
On commence par une mise en bouche concoctée par David Chauvin : La Complainte d’Emérata, un joli récit teinté de mélancolie narrant une triste histoire de malédiction dans un cadre médiéval rempli de superstitions et de chevaliers prêts à défier des pouvoirs pas si maléfiques qu’ils le croient.
Puis, on embarque aux côtés des pirates et des commandeurs, dans une aventure maritime trouble, empreinte de nostalgie, avec Kevin Kiffer et sa nouvelle Les Vertes prairies. Je saluerai au passage la précision du vocabulaire naval qui donne beaucoup de crédibilité à l’histoire.
Philippe Goaz apporte la touche d’humour indispensable afin d’apporter un peu de légèreté à ce thème menant tout droit à la tragédie. J’ai beaucoup ris à la lecture de sa nouvelle, Coa et Couacs, qui joue avec les mots et l’archétype de sorcier.
Dans Trésors vénéneux, par Marjorie Wathier Toinon, on est séduit par la poésie de sa prose un peu rêveuse, dont on n’est guère surpris qu’elle émane d’une admiratrice de Léa Silhol (tout en précisant qu’elle s’en détache nettement). L’histoire m’a conquise par son étrangeté et sa beauté, même si, honnêtement, je ne suis pas sûre d’avoir bien saisi le dénouement. Que ce soit du à mon incompétence ou à un possible flou, les lecteurs sauront me le dire ! L’histoire tourne autour d’une malédiction pesant sur une famille d’orfèvres littéralement amoureux de leurs pierre précieuses… Le tout dans une ambiance crépusculaire.
Suit Dans les ténèbres, de Grégory Govin. Là, j’ai du m’accrocher car cet écrivain a visiblement un don pour la noirceur et l’épouvante. J’ai vu dans sa présentation qu’il n’en est pas à sa première nouvelle, et cela ne m’a pas étonnée du tout. Une grande maîtrise dans l’écriture vous fait infailliblement chuter dans un torrent d’horreur. Lecteurs sensibles aux scènes sanglantes (un doux euphémisme), soyez prudents !
Enfin, on passe de l’horreur pure à l’angoisse insidieuse, peut-être pire encore. Dans L’Horloge indique minuit, par Florent Lenhardt, on lit le journal d’un homme qui se prépare à une guerre nucléaire. Il n’a presque aucune indication sur ce qui se passe autour de lui, reclus comme il est dans sa cave. La panique monte, le déni, l’attente, la supplique, tout cela dans un beau crescendo qui vous cloue aux prochaines phrases. Et la nouvelle se termine d’une manière prophétique qui vous laisse pensif.

Ce numéro 2 est donc ce que je qualifierai d’une belle réussite, grâce à la qualité des nouvelles et des illustrations. Si quelques maladresses et légères incohérences subsistent par endroit, dans l’ensemble je ne peux donc qu’être admirative. En fait, le fond de ma pensée, c’est que ce webzine amateur et bénévole n’a rien à envier à certaines anthologies que j’ai pu lire, plus inégales finalement. Le très bon y côtoie le beaucoup moins bon, et ce n’est pas le cas ici. Même si j’ai mes préférences, les nouvelles sont toutes bonnes. Et ça, c’est vraiment agréable !
Je ne peux donc que vous recommander la lecture de Mots et Légendes, que vous pourrez trouver à cette adresse : http://www.motsetlegendes.com/

N’oubliez pas le prochain numéro, qui fait l’objet comme les deux précédents d’un appel à textes. La parution traitera du thème de la quête. Pour tous les détails, voir sur le site !

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