L’Histoire fait des histoires

16h30. Piles à l’heure, Maloriel et moi prenons place sous le chapiteau « Magic » – dont le nom rappelle cruellement l’absence du joli Magic Mirror, présent les années précédentes. Piles à l’heure, disais-je? Façon de parler. Si nous avons scrupuleusement suivi le programme, les organisateurs n’ont manifestement pas fait de même. La conférence qui commence est donc en réalité celle qui aurait dû s’achever juste avant, et comme nous n’avons aucune idée de qui est la dame invitée à parler, nous ressortons, très dignes.
7h, nous revoilà. Cette fois, tout a l’air normal. Nous reconnaissons Armand Cabasson, à qui nous avons très sérieusement expliqué que ça tombait bien s’il n’était pas disponible tout de suite, car nous aussi, nous allions à une conférence, sans percuter que c’était précisément à son intervention que nous souhaitions assister. Il y a aussi Fabrice Colin, et deux écrivaines que nous ne connaissons pas.
Nos quatre auteurs sont réunis pour présenter leurs dernières parution Chacun leur tour, ils expliquent la genèse de leur livre et en racontent les grandes lignes. Leur point commun? Ils se sont tous inspirés d’événements réels, ou du moins ont utilisé un background historique avéré.
C’est Fabrice Colin qui commence. Son livre, le premier tome de la Saga Mendelson (références en fin d’article), raconte l’histoire d’une famille juive sur une période de trente ans (de 1895 à 1929). D’Odessa à Hollywood, en passant par Vienne ou New York, nous suivrons les aventures de cette famille pas tout à fait ordinaire. Se présentant sous la forme de documents réels, journaux intimes, interviews, articles de journaux, le livre se veut une sorte de reportage, un récit épars collecté par le narrateur sur la base d’une grande malle trouvée dans le grenier familial. Mais l’histoire des Mendelson, aussi passionnante soit-elle, est aussi un prétexte, nous dit l’auteur, pour aborder l’Histoire, et en faire connaître les détails les moins connus, les menus événements qui la font pourtant basculer, les « interstices », comme les nomme Fabrice Colin. Par exemple, on croisera au fil des pages un certain Adolph Hitler, mais un Hitler âgé de vingt ans, loin encore du personnage qu’il deviendra en entrant en politique.
Armand Cabasson prend la suite pour nous parler de Par le Sabre et l’Epée, un recueil de nouvelles qui toutes, ont trait à une réflexion sur les racines de la violence. D’après Armand Cabasson (dont il ne faut pas oublier qu’il est psychiatre), l’exériorisation des sentiments par la guerre traduit toujours une violence intérieure. C’est pourquoi les descriptions des batailles, dans son livre, sont toujours centrées sur les personnages. Ce sont eux, le nerf de la guerre, mais pas parce qu’ils sont soldats. Ils portent la guerre, parce qu’ils portent leurs propres conflits dans l’arène. Il s’agit de réfléchir à l’échelle humaine, et non d’un point de vue global. A cela, l’écrivain associe une réflexion sur la rédemption, thème en lequel il croit profondément, mais dont il nous explique qu’elle ne va pas sans difficultés. Le changement, même espéré, fait toujours peur. C’est donc un questionnement sur l’identité qui porte le livre. Au fil du recueil, on croise des dizaines de guerrier, dont les actes se ressemblent et semblent reposer sur les mêmes assises. Mais, nous dit le psychiatre, rien n’est plus différent que deux personnes qui perpètrent le même acte.
Anne-Marie Desplat-Duc aborde un tout autre thème. Avec le huitième tome des Colombes du Roi Soleil, elle nous décrit le quotidien de ces filles éduquées à l’école de Saint-Cyr parce que leur père s’était ruiné au service du roi. Si madame de Maintenon s’était voulue un brin novatrice, les dévots ont vite repris les rennes de l’institution, instituant une discipline de fer. Dans ce volume, on suit les aventures de Gertrude, emprisonnée suite à un acte de violence. A l’époque, le roi envoyait souvent des prisonnières peupler la province du Québec, et c’est là qu’ira Gertrude. Parallèlement, son amie Anne demeure elle à Saint-Cyr, et l’on suit également son parcours dans cette institution devenue si sévère.
Enfin, Ella Balaert, dans Les Voiles de la Liberté, nous conte les pérégrinations d’un jeune clandestin embarqué pour les Amériques. C’est un roman initiatique, porté par les bouleversements majeurs qui se jouent à ce moment-là (on est en 1777).
A noter, ce qui n’apparaît pas d’emblée à la lecture de cette chronique – et qui ne m’a pas semblé évident à moi non plus – que ces quatre livres sont destinés à la jeunesse. Comprenons-nous bien : cela veut surtout dire que l’on a affaire à des éditeurs qui ont fait le choix d’offrir de la littérature de qualité à de jeunes lecteurs. Si je peux me permettre cette remarque, il serait fort dommage de passer à côté!

Bibliographie

Fabrice Colin, La Saga Mendelson, Tome 1 : Les Exilés
Édition Seuil
2009

Armand Cabasson, Par le sabre et l’épée
Édition Thierry Magnier
2009

Anne-Marie Desplat-Duc, Les Colombes du roi Soleil, Tome 8 : Gertrude et le Nouveau Monde
Édition Flammarion
2009

Ella Balaert, Les Voiles de la Liberté
Edition Gulf Stream, Coll. L’Histoire comme un roman

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