Rivière Blanche, 2010.
L’underworld est en pleine lumière ces derniers temps. Que cela soit à travers la bit-lit, les zombies ou bien à l’affiche des cinémas avec de beaux éphèbes à paillettes, le monde souterrain se réveille, rappelant au grand jour ces créatures mythiques qui peuplent notre imaginaire.
Parmi celles-ci, il y a Werner Von Lonwinsky et Les Vestiges de l’Aube. Sous une couverture noire illustrée avec un homme dans la pénombre, c’est un premier texte de David S. Khara qui se dévoile. A l’instar d’un autre entretien avec un vampire, la créature buveuse de sang humain qu’il est se livre cette fois non pas à une énième journaliste, mais au lecteur ,au travers de ce récit-enquête. Werner parle de lui-même et de sa condition, de son quotidien, et de son envie de se lier au monde qu’il a connu jadis.
Et cela passe par sa « rencontre » avec Barry Donovan, inspecteur au NYPD en proie à la dépression et aux prises avec une enquête des plus difficiles. Car s’il faut situer le décor de cette histoire, il vous faudra traverser l’Atlantique et vous installer dans un New York huppé, comprenez Manhattan et Central Park, avec leur lot de clichés qui ont imprégné notre imaginaire. Pour autant, oubliez les superproductions américaines et prenez comme références les NYPD Blues ou autres Law & Order. L’Amérique W.A.S.P ordinaire en quelque sorte, avec ses cols blancs et leurs loft démesurés, et ses cicatrices d’un passé plus ou moins lointain. Et au milieu de cela, une série de meurtres froids dans un Manhattan aseptisé.
La construction en elle-même reprend également les atouts d’une série américaine jouant habilement sur des « cliffhangers » et un découpage alternant action et ressenti, et des ouvertures qui donnent à ce premier roman les atouts d’un pilote qui ne demande qu’à être étoffé comme le montre la toute fin du texte.
Pour autant, cette trame scénaristique n’est qu’un prétexte à une rencontre, celle de deux êtres en quête d’une certaine identité qui puise des réponses au fil des rapports qu’ils entretiennent. Une polyphonie maîtrisée se construit ainsi, entre traumatisme et découverte de soi, avec comme clef de voûte, l’annonce de Werner de sa vraie nature et le désir de se faire accepter par des moyens qui sont parfois amoraux pour l’époque actuelle.
En somme, avec ce premier roman prometteur, David S. Khara jette ici les bases d’un univers vaste, en prenant à contre-pieds le mythe du vampire et l’ambiance du polar pour mieux parler des individus et de leurs identités. Posséder une âme, un sujet vieux comme le monde, même pour un vampire.
Mott’