Suite à un souci matériel, nous ne pouvons pas mettre en ligne les photos prévues pour ce reportage. Nous essayons de régler ce problème, mais que cela ne vous empêche pas de lire les lignes qui suivent! C’est moins aéré, mais toujours aussi intéressant
Tôt ce matin, j’ai pris le train. J’ai apprécié de rejoindre ce flot de voyageurs descendant du métro, et que j’avais souvent envié, avec leurs valises et leurs destinations inconnues. Cette fois, je suis parmi eux, et le train m’emmène sans retour possible vers une ville jamais visitée encore.
Arrivée à Lyon, la gare en effervescence a pour moi une atmosphère de vacances. Dehors, je débarque en plein centre des affaires, une place carrée encadrée par de gros bâtiments administratifs. De là, Jeanne qui vient me chercher m’emmène dans le métro, qui ressemble étrangement à celui de Prague, avec son design années 80. L’après-midi, Jeanne me sert de guide pour une visite touristique. Nous prenons la « ficelle », ce funiculaire ainsi surnommé à cause de l’épaisse courroie qui le tracte. La pente est raide pour grimper jusqu’au sommet de l’une des deux collines de Lyon, la Fourvière.
On a l’impression, tassés dans le petit wagon, que celui-ci va tout bonnement se décrocher et dégringoler la pente. Mais comme je m’en apercevrai plus tard, mieux vaut emprunter le funiculaire que de faire le malin et choisir de monter à pied…
D’en haut, sur l’esplanade de la Basilique Notre-Dame de Fourvière, à l’impressionnante façade surchargée de bas reliefs où une cohorte d’anges et de saints paraissent surveiller les visiteurs ; on jouit d’une vue panoramique sur la ville. Au bas des jardins qui garnissent le flanc de la colline s’étend le Vieux Lyon, jusqu’à la Saône qui borde la rive ouest de la presqu’île. Sur la presqu’île, architecture haussmanienne et grandes places ornées de statues dignes de Versailles. De l’autre côté, passé le Rhône, c’est le nouveau Lyon. Par beau temps, on peut voir les montagnes à l’horizon, monticules bleutés couronnés de neige. Au Nord, la deuxième colline, celle de la Croix-Rousse, exhibe des maisons couleur ocre entassées les unes au-dessus des autres. Nous entrons dans la basilique, où j’ai la surprise de trouver un ascenseur. Incongru dans le décor surchargé d’or, de mosaïques, de sculptures et de peintures jusqu’au plafond -plafond compris- ; il permet d’accéder à la crypte, plus calme et austère.
Nous empruntons le chemin sinueux qui descend à travers les jardins ornés de rosiers et de statues, puis d’interminables escaliers rivalisant avec ceux de Montmartre, avant d’atteindre le vieux Lyon et son air de Provence, avec ses maisons peintes dans toutes les nuances de l’ocre, du jaune sable au rouge terre. Les rues sont étroites, bordées de hautes façades, et de mystérieux passages relient les immeubles entre eux, à couvert. Ce sont les fameuses traboules, qu’il convient d’emprunter avec un guide si l’on ne veut pas perdre tout sens de l’orientation…
Mais la nuit tombe, le reste de la visite sera pour demain…
27 mars, ouverture du festival.
Celui-ci se tient au Palais du Commerce, une grosse bâtisse tape-à-l’oeil, mais néanmoins impressionnante. Quel lieu fastueux pour abriter les histoires sordides du roman noir ! J’entre avec Olivier, que j’abandonne à la buvette (parce qu’il y est serveur, et non consommateur, du moins à cette heure matinale). Je pénètre dans la grande salle qui héberge le salon du livre, avec sa ribambelle de libraires. Je remarque que les polars scandinaves sont de plus en plus nombreux… Un large choix est présenté, seul regret : une seule librairie propose des oeuvres en langue originale…
Je me ballade, fais plusieurs fois le tour du festival, avant d’aborder un jeune libraire afin de l’interroger sur sa marchandise. Nous discutons du polar en général, du marché du livre : contrairement à ce que j’ai déjà entendu dire, ce jeune homme pense que le marché du livre stagne, grâce à la loi Lang qui permet que le prix du livre soit fixe d’un point de vente à l’autre, protégeant ainsi les librairies indépendantes. De plus, malgré la « crise », le budget culturel ne semble pas atteint, au contraire. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, toujours selon mon libraire, le système de distribution n’est pas le même : les prix ne sont pas fixes et peu d’auteurs et de maisons d’éditions sont représentés, comparativement à un pays comme la France. En tout cas, conclut-il, le polar se vend mieux que la littérature générale, confirmant par là mon avis selon lequel la littérature dite de genre attire plus de monde malgré la mauvaise presse qu’on lui fait (vous connaissez la chanson : roman de gare, histoires pour adultes immatures etc)…
Ensuite, le libraire me présente les deux auteurs qu’il a lus pour préparer le festival : Lawrence Block et Ian Levison. Le premier a écrit une série de livres mettant en scène un libraire cleptomane. Ce sujet me plaît aussitôt, et il paraît qu’on rigole bien. Pareil avec Ian Levison. Je me laisse convaincre, et j’achète un de chaque. Vous pourrez lire la chronique de Levison à la fin du dossier !
Comme le jour d’ouverture comporte peu de conférences et de dédicaces, je décide de reprendre mes activités touristiques.
Je longe la Saône en direction de l’église St-Georges, derrière laquelle commence l’interminable « montée St-Georges » à l’assaut des amphithéâtres gallo-romains qui se trouvent au sommet de la Fourvière, non loin de la basilique. Je ne savais pas à quoi je m’engageais ! J’ai du m’arrête plusieurs fois le plus dignement possible afin de reprendre mon souffle, et à cette occasion j’ai pris des photos, pour preuve de mon martyr !
Et voilà enfin les amphithéâtres, plutôt impressionnants.
Une fois redescendue, je me rends dans une librairie recommandée par Olivier pour y faire quelques emplettes. La librairie est tenue par deux charmants jeunes hommes aux cheveux longs… Là, je me lâche sur les occasions : Cérémonies barbares d’Elisabeth George, Le Labyrinthe de Pharaon et Les Pèlerins des ombres de Serge Brussolo, et un bouquin en anglais de Patricia Highsmith.
Fin de journée, moi qui croyais rester tranquille avec mes nouveaux livres ! Mais Jeanne en a décidé autrement, et me voilà embarquée pour une soirée tous frais payés par les amis de Jeanne. Au programme : bière camerounaise, et bar de nuit jazz. Si vous cherchez le patron, c’est celui qui joue du saxo ivre. Et la moto près du comptoir, c’est celle du serveur. Et le Noir rébarbatif à l’entrée, c’est le videur un brin capricieux. On essaie de me faire danser le jazz, pendant que j’essaie désespérément d’expliquer à mon créancier de la soirée ce qu’est que le metal. Sans guère de succès.
Après cela, nous ratons le bus, nous prenons celui de 3h, nous échangeons nos chaussures une fois arrivées à 20 min à pied de l’appartement, car mes talons ont eu raison de ma tolérance à la douleur… Echange burlesque, car je me retrouve avec les baskets de Jeanne sous ma grande jupe rouge… Enfin, tout cela est terminé, je peux retrouver mon lit pour quelques brèves heures de sommeil.
28 mars.
Pour ma plus grosse journée de festival, je suis la seule de l’appartement à me lever à l’heure, et pourtant j’ai pâti de ma soirée terminée à 4h du matin… Me voilà donc revenue sur les lieux, pas très fraîche mais faisant bonne figure pour suivre une conférence sur les tueurs en série, histoire de bien commencer la journée.
Après cela, dissuadée par la queue de trois kilomètres pour assister à la rencontre Jean-Christophe Grangé, je recommence à rôder dans le salon. Là, je repère Jean-Luc Bizien, qui n’est pas trop sollicité, et dont j’ai acheté le livre (chroniqué en fin de reportage, bien sûr) histoire d’avoir un prétexte pour discuter cinq minutes. Je le questionne alors sur l’écriture des romans à suspense. Il me confie que, comme le dit son ami Serge Brussolo (qui est aussi son maître en matière d’écriture), les romans « à énigmes » plaisent surtout aux femmes, qui aiment ce jeu un peu « sado-maso » qui consiste à essayer de deviner le fin mot de l’histoire. Mais si toutefois on le découvre, les lectrices se mettent à détester l’auteur ! Il s’agit pour Bizien d’un jeu intellectuel, mathématique. Il commence ses romans par une scène d’ouverture forte. Connaissant à fond ses personnages et la fin de l’histoire, il n’y a plus qu’à placer les pièces du puzzle de façon à ce qu’on ne puisse suivre sa trace. Il compare son travail à celui d’un magicien : le truc, c’est de dissimuler les informations et le fond de l’intrigue en attirant l’attention du lecteur sur d’autres éléments.
Il me confie également qu’il écrit en ce moment un thriller se déroulant en Corée du Nord… ça promet ! En tout cas, quand je lui dis que je suis surprise par la diversité de genre de ses romans, il me dit qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans une case, que les lecteurs sont fidèles à un auteur et non à un genre, et qu’il faut forcer la main des éditeurs si on ne veut pas devenir, comme il l’a été un moment, catalogué romancier jeunesse ou ce genre de choses…
(J’avais oublié de lui demander de le prendre en photo, alors je suis revenue le photographier en douce un peu plus tard…)
Entre deux conférences, je me suis approchée d’un stand qui était celui de l’association Au Bord du Noir, qui édite régulièrement un fanzine comprenant nouvelles, chroniques et entretiens. Ce petit groupe débrouillard m’a l’air plutôt sympathique. Je vous invite à faire un tour sur leur site à cette adresse :http://abdn.free.fr
Après discussions autour de Leffe gracieusement offertes par la maison, le groupe des bénévoles, moi en plus, partons pour un bar « pas loin d’ici ». Bon, quand les Lyonnais disent ça, il faut s’attendre à vingt minutes de marche… Arrivés au bar, un généreux paie une tournée de pintes de Guinness. Nous n’étions déjà plus très frais, comme vous pourrez le constater…
En tout cas, on s’est tellement bien amusés que le patron nous a rabroué à cause du bruit…
Voilà comment se clôt ce séjour plein de surprises à Lyon. Je vous invite donc à jeter un coup d’oeil sur les comptes-rendus de conférences, ce sera sans doute plus instructif que mes déambulations touristiques !
Maloriel
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